"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"
23 Juillet 2009
Connu dès la plus haute antiquité, le lin est le plus vieux textile du monde. Les premières traces de son utilisation, relevées dans les vestiges des cités lacustres suisses, remontent à l'an 8000 avant Jésus-Christ. On retrouve, par la suite, son existence chez les Égyptiens en 6000 avant Jésus-Christ. Ce textile avait alors deux utilisations principales: les vêtements et la momification. Ainsi, nombre de pharaons ont été emmaillotés dans du lin, car ce matériau s'est révélé très solide. C'est grâce aux Phéniciens, les grands navigateurs de l'Antiquité, que la fibre parvint en Grèce et à Rome. Les Phéniciens, qui achetaient le lin en Egypte, l'ont introduit également en Irlande, en Angleterre et en Bretagne. En Gaulle, le lin était cultivé bien avant l'invasion Romaine, mais c'est Charlemagne qui, le premier, donna une impulsion à cet artisanat. En France, le lin était utilisé, en grande quantité, dès le XIe siècle, car on s'aperçut que son emploi contribuait à la disparition de certaines maladies de la peau. Pour les prêtres s'était un symbole de pureté. A cette époque, du XIIe au XIVe siècle, les Flandres, la Bretagne et la Picardie ont développé la culture de cette plante et c'est à ce moment-là que les villes d'Arras, de Cambrai et de Reims imposent leur réputation en matière de tissages. Bruges, dès le XIIe siècle, et trois siècles durant a été considérée comme la capitale linière du monde. Au XIIIe siècle, Jean-Baptiste de Cambrai aurait tissé les premières toiles fines de lin créant ainsi "les Batistes". Sous Louis XIII, le lin français se développe encore, grâce à l'interdiction d'importer laines et toiles des Flandres ou d'Angleterre. Jusqu'au XVIIIe siècle, bien que les techniques de culture, de filage et de tissage du lin aient peu évolué, sa consommation n'a cessé de se développer. Toujours à cette époque, le lin tissé avec du crin donne alors naissance à la "crinoline". Le XVIIIe siècle consacrera la suprématie du lin. |
|
|
"Il sera accordé un prix d'un million de francs à l'inventeur de quelque nation qu'il puisse être, de la meilleure machine propre à filer le lin...". Ce décret, du 7 mai 1840, signé Napoléon 1er, ouvrait les portes à l'industrie. Au début du XIXe siècle, deux inventions vont donner au lin sa prééminence: la mécanique Jacquard et la première machine à peigner le lin (1817). Rappelons que c'est à la Renaissance, qu'un mode de vie plus raffiné est apparu et avec lui le mot toilette, dérivé du français "thieulettes", donnant naissance à un lin léger utilisé pour les draps et les chemises. Emprunté à l'univers de la maison, le lin ainsi détourné devint une fibre d'habillement (le détournement étant un moteur d'évolution). Le XIXe siècle voit donc se développer l'industrialisation pour l'ensemble du textile et particulièrement pour le lin. De nouveaux métiers à filer et à tisser augmentent fortement la production et les produits se diversifient pour répondre à une demande croissante. Dans les années 50, le lin était recherché aux États-Unis pour la mode. |
|
|
Le lin, au niveau de sa culture et de sa transformation, est plus respectueux de l'environnement que les autres fibres. Pour confirmer l'ancienneté de cette fibre naturelle, il est important de souligner que le mot "toile" désigne un tissu de lin (ou de chanvre), sauf si une autre composition est précisée. Le mot "toilette", quant à lui, se réfère aux vêtements et aux soins du corps (XlVe siècle). Matière naturelle et noble par excellence, le lin reste la fibre rustique préférée par de nombreux créateurs. |
|
|
Cette plante à fleur blanche ou bleue donne une capsule à cinq lobes contenant chacun deux graines. Le lin a une durée de végétation de 100 jours. Il est semé au printemps pour être récolté en juillet. L'objectif de la production étant la fibre qui se situe à la périphérie de la tige, sous l'écorce. Le liniculteur est l'agriculteur cultivant le lin. La récolte Cinq semaines après la floraison, les tiges sont arrachées et non fauchées, afin d'en préserver toute la longueur. L'arrachage se pratique lorsque le lin a atteint une maturité déterminée par la couleur des tiges et des capsules. |
|
|
|
Le rouissage Vient, ensuite, le retournage, une opération nécessaire au bon développement du rouissage à terre. Le rouissage étant l'opération qui permet, grâce à l'action de micro-organismes (champignons et bactéries), de séparer les fibres de l'écorce et du bois. Ainsi, les micro-organismes attaquent les ciments qui relient les fibres entre elles. Actuellement, le ramassage-pressage en grosses balles est généralisé. Le lin, récolté à un taux d'humidité correct, peut se conserver très longtemps sans se dégrader. |
|
C'est l'opération mécanique qui consiste à extraire la fibre de l'écorce et du bois. Le produit qui en ressort est le lin teillé. Les sous-produits étant les étoupes pour des fils moins fins, les graines et les anas (matière ligneuse). Une nappe de tiges parallèles, bien régulière, est alors préparée. L'égrenage est réalisé par un peigne, à denture de plus en plus fine, qui arrache les capsules et parallélise les tiges. La nappe passe lors de l'étirage dans une série de disques dentés. La nappe ainsi étirée passe ensuite entre des rouleaux broyeurs, c'est l'étape du broyage. Vient enfin l'écangage, opération destinée à éliminer les anas, restants sur les fibres, et les étoupes. La filature La filature du lin peut se subdiviser ainsi: - filature de lin peigné (la matière première utilisée est constituée par les plus longs brins du lin), - filature des étoupes (la matière première utilisée est constituée par les fibres plus courtes provenant du peignage ou du teillage). Le tissage Le tisseur peut faire un choix dans la gamme des fils qu'il choisit pour chaque type de produit qu'il veut réaliser: des fils secs en lin pur, des fils mélangés et des fils fantaisie, des fils fins, des fils réalisés à partir de courtes fibres en mélange avec d'autres fibres naturelles ou synthétiques, des fils spécifiques. Le tisseur doit tenir compte de différents aspects économiques et techniques avant de choisir son fil. Les fils de lin sont livrés sur des bobines de différentes dimensions, en fonction du type de fil. En Europe occidentale, les fils de lin sont généralement tissés sur des métiers modernes à haute production, bien que des métiers à navette soient encore utilisés dans plusieurs entreprises. Le choix du métier est influencé par la nature ou la largeur du tissu, la quantité à tisser. |
|
|
Il intervient, également, au niveau des traitements après le tissage du lin. Le mercerisage étant un ennoblissement. Le lin est exploitable dans son intégralité. En effet, les graines vont être utilisées pour l'huile, la peinture, le vernis... Les petits fragments des tiges centrales, appelés anas, vont se retrouver dans les panneaux d'aggloméré utilisés en menuiserie ou comme combustible. Enfin, les parties pailleuses des tiges ou étoupes vont intéresser la corderie. |
|
|
Le lin est agréable à porter (il absorbe 20% de l'humidité, sans être humide d'où son emploi dans les pays chauds où il était considéré comme un signe de statut social) il est frais, confortable, c'est le textile de l'été. Le fil de lin a un excellent pouvoir isolant: ce qui explique sa fraîcheur en été et son confort en hiver. Anallergique et "anti-stress", il favorise le sommeil, c'est la fibre la plus appropriée pour assurer la détente et le bien-être psychique et physique. C'est une fibre résistante qui dure longtemps sans se déformer et qui ne peluche pas. Plus on lave le linge de maison en lin, plus il est beau et souple. Il devient de plus en plus doux à l'usage. Le lin, matière noble, respectueux de l'environnement, est réellement le leader des fibres écologiques. En effet, tout est recyclé et utilisé dans la transformation du lin. Depuis deux décennies, les développements de produits tricotés en lin pur, et surtout en mélange, n'ont cessé de croître. Nouvellement parue sur le marché du textile, la maille de lin a une qualité remarquable: elle ne se froisse pas. Elle permet au lin d'être présent en intersaison, au printemps et en automne. Le lin d'hiver, mélangé avec de la laine, du cashmere ou de la soie fait une percée non négligeable chez les tisseurs car le lin, par le passé, a souffert de son caractère saisonnier. La maille 100% lin, ou en mélange, possède toutes les qualités du lin, sa douceur au toucher, son confort, sa brillance, sans avoir l'inconvénient de sa froissabilité. L'esprit denin est lui aussi apparu. Le lin est la fibre naturelle qui prend le mieux la teinture or la couleur, qui est venue plus tard dans le lin, a apporté une nouvelle dimension au produit. Le lin, fibre creuse, permet une pigmentation très variée. De plus, comme l'explique Catherine de Vestèle, chargée de la communication et du développement produits au sein de la confédération Masters of Linen, les touchers ont toute leur importance: "Ainsi le côté sonore du tissu est recherché alors qu'auparavant c'était tout le contraire. Tradition et qualité ne doivent pas paralyser le secteur. Heureusement, les tisseurs apportent une expérience acquise avec d'autres fibres". L'influence des caractéristiques de chaque fibre employée dans les mélanges dépendra de la qualité des fibres utilisées et de leurs pourcentages dans le produit fini. Aujourd'hui, les tissus sont traités easy-care, pour la plupart, donc défroissables et faciles d'entretien. "Le problème du froissement est devenu secondaire grâce aux traitements à base de résine donnant un côté apprêté" explique Catherine de Vestèle, avant d'ajouter que le retour en force du lin "s'explique grâce aux nouveaux développements et à une remise en question réalisée parallèlement aux fibres nouvelles et intelligentes". |
|
|
-lin et laine: mélange combinant le lustre du lin au gonflant et à l'inflroissabilité de la laine, -lin et soie: mélange donnant un lustré prononcé, un toucher et un drapage doux, -lin et coton-polyamide: mélange qui ne se froisse pas, -lin et polyester: mélange easy-care. |
|
|
Par ailleurs, le lin peut subir différents traitements: apprêt, infroissabilité, imperméabilisation, résistance aux taches, ignifugation. Le lin subit également des enductions qui modifient son aspect esthétique (aspects papier, bicolore...). Une seule couche correspond à un seul traitement. |
|
|
Le lin a toujours présenté des avantages d'entretien: il n'y a aucun risque de retrait au lavage et ses coloris sont parfaitement solides. La méthode de lavage est analogue à celle utilisée pour le coton. Le lin pur blanchi peut être lavé à haute température. Pour le lin coloré, les recommandations qui figurent sur l'étiquette d'entretien doivent être respectées. Pour le lavage du lin coloré, il est conseillé de choisir un produit sans azurants optiques. Afin d'empêcher que le lin ne se froisse et ne se déforme, il est recommandé d'éviter un pressage trop poussé. Le repassage se faisant sur le linge légèrement humide. |
|
|
Le lin d'Europe de l'ouest est traditionnellement reconnu comme le meilleur du monde. Les terres cultivées se trouvent en France (Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Oise, Marne), en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. La production de fibres se répartit entre la France (85.000 tonnes), la Belgique (18.000 tonnes), les Pays-Bas (5.200 tonnes) et l'Allemagne (800 tonnes). Les fibres de lin sont, ensuite, filées dans une quinzaine de filatures spécialisées en Italie, en France, en Irlande du nord, en Belgique, en Autriche et en Allemagne. L'Europe de l'ouest occupe une place prépondérante dans la transformation des fils en tissus chaîne et trame et en maille. Les unités de tissage et de tricotage les plus spécialisées se trouvent essentiellement en Italie, en France, en Belgique, en Irlande du nord, en Allemagne, en Autriche et en Espagne. De par ses caractéristiques particulières, le lin est utilisé à des fins diverses: - 61% habillement, - 18% tissu de décoration et linge de maison (le lin blanc, lumineux, constitue un élément d'éclaircissement dans une pièce), - 9% tissu d'ameublement, - 12% textiles techniques et industriels (les sacs postaux, les toiles de tente par exemple pour sa résistance à la déchirure...). Dans chaque pays, la vision du lin est différente: "En France, par exemple, le masculin marche mieux que le féminin, plus au nord, c'est le caractère authentique qui est recherché, tandis qu'au sud c'est l'usage de la couleur qui est à l'honneur. Alors qu'en Italie c'est plutôt le côté décontracté, chic et élitiste qui est prôné" explique Catherine de Vestèle. |
|
|
- Le Lin, aspects techniques de la production - Masters of Linen - Promotion financée par la Communauté Européenne (marque collective lancée par la confédération européenne du lin et du chanvre). Téléphone: 01.42.21.06.83 - Masters of Linen constitue le logo choisi par la confédération européenne du lin (garantie de qualité et d'origine) depuis 1993 pour représenter l'industrie linière de l'Europe de l'ouest, de la culture à l'ennoblissement avec un pied dans l'agriculture et un pied dans l'industrie. - Carnets du textile, Secrets de lin, Editions Syros, collection dirigée par Claude Fauque |