Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux, le musée d’Orsay et le Los Angeles County Museum of Art, en collaboration avec le Philadelphia
Museum of Art.
Elle sera présentée au Los Angeles County Museum of Art du 14 février au 9 mai 2010 puis au Philadelphia Museum of Art du 12 juin au 5 septembre 2010.
« Je commence à savoir peindre. Il m’a fallu plus de cinquante ans de travail pour arriver à ce résultat, bien incomplet encore », déclare le peintre Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
en 1913 au moment où l’on peut voir à la galerie Bernheim-Jeune à Paris une importante exposition de ses œuvres, parmi lesquelles des grands nus peints au tournant du
XXe siècle. C’est une révélation.
Guillaume Apollinaire fait l’éloge de celui qu’il considère comme « le plus grand peintre vivant » : « Renoir grandit continuellement. Les derniers tableaux sont toujours les
plus beaux. Ce sont aussi les plus jeunes ».
« Impérissable jeunesse » en effet, pour reprendre la formule admirative de Thadée Natanson en 1896, qui voit Renoir jouir d’un prestige incontesté sur la scène artistique du début du
XXe siècle. Le peintre y est salué comme une figure emblématique de l’impressionnisme des années 1870 mais il est aussi admiré pour sa capacité à avoir dépassé et
renouvelé un mouvement de plus en plus largement accepté.
A l’instar de ses contemporains et amis Paul Cézanne et Claude Monet, Renoir est une référence pour de jeunes générations d’artistes. Pablo Picasso, Henri Matisse, mais aussi Pierre Bonnard ou
Maurice Denis professent leur admiration pour le maître, et en particulier pour sa « dernière manière », celle du tournant du XXe siècle.
De grands amateurs de l’art moderne, tels Leo et Gertrude Stein, Albert Barnes, Louise et Walter Arensberg ou encore Paul Guillaume, collectionnent Renoir aux côtés de Cézanne, Picasso ou
Matisse.
Depuis, l’appréciation du « dernier Renoir » a bien changé : les tableaux de cette période sont peu connus et souvent mal aimés. Si le paysage (« Renoir’s Landscapes
1865-1883 », Londres-Ottawa-Philadelphie 2007-2008) et le portrait (« Renoir’s Portraits », Ottawa-Chicago-Fort Worth 1997-1998) chez Renoir ont suscité de récentes expositions,
les années tardives du peintre n’ont pas fait l’objet d’études et de manifestations spécifiques, comme cela a été le cas pour Monet ou Cézanne (« Monet in the 20the Century », Boston -
Londres, 1998-1999 ; « Cézanne, les dernières années (1895-1906) », Paris – New York, 1978). C’est à l’exploration de ces années fécondes que l’exposition est dédiée.
Après les combats de l’impressionnisme, Renoir remet en cause vers 1880 les préceptes du mouvement au profit du retour au dessin et du travail en atelier, en référence avouée au passé. Ce moment
de crise et de tâtonnement s’achève à l’orée des années 1890, qui ouvrent la voie à la reconnaissance publique, institutionnelle et commerciale de l’artiste. Sans renier l’impressionnisme, Renoir
invente alors un art qu’il veut classique et décoratif. « Peintre de figures » comme il aime à se définir, Renoir désigne tout particulièrement le nu féminin, le portrait et les études
d’après le modèle, en atelier ou en plein air, à des expérimentations novatrices.
Artiste en perpétuelle quête, promis au défi, Renoir veut se mesurer aux grands exemples du passé qu’il a admirés au Louvre ou lors de ses voyages, tels que Raphaël, Titien et Rubens. Ses
recherches sont dominées par le refus du monde moderne au profit d’une Arcadie intemporelle, peuplée de baigneuses sensuelles et inspirée du Sud de la France qu’il fréquente assidûment à partir
des années 1890. Il perçoit le paysage méditerranéen comme une terre antique, à la fois berceau et dernier refuge d’une mythologie vivante, familière et actuelle. Renoir revient de façon
régulière et obstinée à un nombre limité de thèmes qu’il n’hésite pas à explorer dans des techniques inédites pour lui, comme la sculpture. Au fil des années 1900, le travail d’après le motif et
les modèles conduit à une recomposition complète et libre du sujet, dont les odalisques et surtout Les Grandes Baigneuses de 1918-1919 (Paris, musée d’Orsay) marquent le
couronnement.
Renoir ne désigne-t-il pas ce tableau comme un « aboutissement » et un « tremplin pour les recherches à venir » ? C’est ainsi que l’entendent certains artistes en France
au début du XXe siècle, dans le contexte souvent polémique du développement du cubisme et des abstractions : Renoir définit un point d’équilibre entre
objectivité et subjectivité, entre tradition et innovation, à la source d’une modernité classique.
Aussi l’exposition est-elle construite selon une double perspective : faire redécouvrir une période et des aspects méconnus de l’œuvre de Renoir (les peintures décoratives, les dessins, la
sculpture,…), tout en restituant le rayonnement de son art dans la première moitié du XXe siècle en France. L’exposition rassemblera une centaine de tableaux, de
dessins et de sculptures de Renoir, provenant de collections publiques et privées du monde entier. Ces nus, portraits et études de modèles ont pour certains appartenu à Matisse ou Picasso.
Répartis en une quinzaine de sections, ils seront ponctuellement confrontés à des œuvres de Picasso, Matisse, Maillol ou Bonnard, attestant la postérité de Renoir. Ainsi, l’exposition invite à
revoir le dernier Renoir en sollicitant le regard que ces artistes de la première moitié du XXe siècle ont posé sur un maître du
XIXe siècle qui était leur contemporain.
Commissariat
- Galeries nationales du Grand Palais, Paris :
Commissaire : Sylvie Patry, conservateur, musée d’Orsay
Commissaire de la section « Documents autour de Renoir » : Isabelle Gaëtan, chargée d’études documentaires, Musée d’Orsay
Commissaire pour la sculpture : Emmanuelle Héran, conservateur, adjoint de l’administrateur général de la Réunion des musées nationaux
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA), Los Angeles :
Claudia Einecke, conservateur, LACMA et J.Patrice Marandel, conservateur en chef, LACMA
- Philadelphia Museum Of Art, Philadelphie :
Joseph J. Rishel, the Gisela and Dennis Alter Senior Curator of European Painting, Philadelphia Museum of Art et Jennifer Thompson, conservateur, Philadelphia Museum of Art
Scénographie
Pascal Rodriguez, architecte DPLG
L’espace documentaire de l’exposition est présenté grâce au mécénat de AXA Private Equity.
http://www.grandpalais.fr





Dans l’intimité de Renoir
Au-delà de l’impressionnisme, le
Grand Palais veut faire apprécier une période souvent contestée d'Auguste Renoir.
Le jour de sa mort en 1919, Renoir qui a alors 80 ans, passe plusieurs heures à peindre des anémones, oubliant un temps son corps torturé par la maladie. Alors qu’il rend son pinceau, il
murmure: "Je crois que je commence à y comprendre quelque chose." De Renoir, on connaît, grâce aux photos, un vieillard aux cheveux blancs assis dans un fauteuil, les doigts entourés
de bandelettes. Une image rassurante à l’instar d’un artiste populaire et indépendant, qui peignait la beauté car, disait-il, "il y a bien des choses embêtantes dans la vie, pour que nous
en fabriquions encore d’autres". Lui qui a tant aimé "peloter" la peinture, nous a laissé 4000 tableaux.
Mercredi, pour la première fois depuis 1985, le Grand Palais lui consacre une exposition sur une période mal-aimée: Renoir au XXe siècle, raconté en une centaine de tableaux, de nombreux
documents et des sculptures. Un pari qui raconte un artiste différent et qui pourrait surprendre le public. Car la période impressionniste, considérée comme la plus éclatante, est laissée
délibérément de côté pour s’intéresser à ce qui a suivi.
Déjouer les attentes du public
Renoir a changé son style, sa manière. Il est devenu plus complexe. Moins facile? Mais il reste toujours aussi "fécond". On ne verra donc pas Le Bal du moulin de la galette,
oeuvre impressionniste magique. Si elle vous manque, il suffira de traverser la Seine jusqu’au musée d’Orsay pour l’admirer. En revanche, rive droite, une tout autre partie s’offrira aux yeux
des visiteurs: des oeuvres qui veulent changer le regard et qui viennent des quatre coins du monde (Brésil, Japon, Etats-Unis, Europe…). C’est du moins l’ambition de la commissaire de
l’exposition, Sylvie Patry: "Il y a toujours eu un aspect de Renoir laissé de côté parce qu’il heurte le goût général. On a voulu revenir sur cette période un peu contestée et mal perçue.
Une attitude pouvant aller jusqu’au mépris de la part de certains critiques d’art." Ces derniers jugeant sa peinture moins maîtrisée au regard de sa paralysie (vers la fin, il ne pouvait
plus bouger les bras).
Ce sont donc ces vingt, et même ces trente dernières années qui racontent le XXe siècle de Renoir. Depuis 1891 jusqu’à sa mort en 1919. "C’est toujours difficile de trouver un jalon, une
césure dans une carrière. Renoir a beaucoup évolué. Il déconcerte les amateurs par sa mobilité. On pourrait multiplier les micropériodes. Nous avons choisi la fin du Renoir impressionniste, qui
correspond aussi à la fin du Renoir remettant en cause l’impressionnisme avec haine. On a eu envie de déjouer les attentes du public, de montrer qu’il n’était pas seulement un patriarche isolé
en Provence, peignant des dames nues. On verra au Grand Palais des oeuvres qui n’ont jamais été vues en France depuis le début du XXe siècle."
Et pour parvenir à la sélection finale, il a fallu que les conservateurs se transforment en détectives à travers la planète. Mais le jeu en valait sans doute la peine. L’exposition, la
commissaire l’a voulue très homogène, sans natures mortes, mais inondée de figures, de nues et de paysages. Le parcours simplement chronologique et thématique est balisé de temps forts. Au
départ, des oeuvres célèbres comme Danse à la campagne (1882), et Jeunes Filles au piano (1892), véritable jalon dans le cheminement de l’artiste:
"J’ai 50 ans sonnés depuis quatre jours et si à cet âge, on cherche encore, c’est un peu vieux. Enfin je fais ce que je peux."
Pourtant, Renoir ne cesse d’évoluer, en restant fidèle à ses acquis. Deux salles présentent des portraits d’enfants et des scènes d’ateliers avec des couseuses, des liseuses. Ce Renoir-là est
plus "dépouillé, plus intérieur, plus intime", explique Sylvie Patry, avant d’ajouter: "J’espère que l’exposition permettra d’aimer, de réévaluer et de comprendre cette
période."
Les Baigneuses, son "chef d’oeuvre", disait Matisse
Deux autres salles consacrées aux Baigneuses constituent un moment clé de la visite: "Elles sont assez spectaculaires et réunissent des tableaux très importants, pas
toujours facilement accessibles, venant de collections particulières et du Japon." Mais c’est dans les Baigneuses finales de 1918-1919, accrochées seules à leur cimaise,
étonnantes, étranges, magnifiques que Renoir fait la synthèse de son art. Picasso et Bonnard ne s’y tromperont pas. Et Matisse ajoutera: "C’est son chef-d’oeuvre. Personne n’a fait mieux,
personne."
Renoir au XXe siècle, Grand Palais du 23 septembre au 4 janvier 2010.
Ouvert tlj sauf le mardi. www.rmn.fr
Lire: Catalogue de l’exposition (49 €). Renoir au XXe siècle, de Sylvie Patry, Découvertes Gallimard (8,40 €). Renoir, de Anne Distel, éditions Citadelles. 400 p.,
184 €. Pierre-Auguste Renoir, mon père, de Jean Renoir, Folio, environ 7 €.
Danielle Attali - Le Journal du Dimanche
Métro, RER, Bus
Métro : lignes 1, 9, 13 / Stations : Franklin-D.-Roosevelt,
Champs-Elysées-Clemenceau
RER : lignes C / Stations : Invalides
Bus : lignes 28, 42, 52, 72, 73, 80, 83, 93
Personnes à mobilité réduite
L'accès se fait avenue Winston-Churchill.
Vélib'
Station n° 8029, 1, avenue Franklin-D.-Roosevelt (à proximité du palais de la Découverte)
Station : 8001, avenue Dutuit (à proximité du Petit Palais)
Parkings
Rond-point des Champs-Elysées, place de la Concorde, par François-1er, Alma Georges-V, Champs-Elysées Lincoln, Matignon.