"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"
27 Septembre 2009


Le cinéaste franco-polonais est rattrapé pas une affaire de détournement de mineure vieille de trente ans. Interpellé sur mandat des Etats-Unis, il pourrait être extradé.
Le 7 novembre 2008. (Reuters)
Une affaire de mœurs vieille de plus de trente ans a fini par rattraper le cinéaste Roman Polanski, arrêté samedi sur mandat d'arrêt américain à son arrivée en Suisse, où le Festival du film
de Zurich devait lui rendre un hommage.
Le réalisateur franco-polonais est en «détention provisoire en attente d'extradition», mais peut faire appel de la décision, a indiqué dimanche un porte-parole du ministère de la
Justice.
Les autorités suisses «doivent maintenant vérifier si Polanski peut effectivement être extradé»,
a-t-il souligné, se refusant à divulguer les détails de l'arrestation et le lieu de la détention.
Selon l'agence de presse suisse ATS, le cinéaste, âgé de 76 ans, se trouverait en détention à l'aéroport de Zurich.
Polanski est recherché par la justice américaine, après avoir été arrêté en 1977 à Los Angeles à la suite de la plainte des parents d'une adolescente de 13 ans. Il avait plaidé coupable de
«relations sexuelles illégales» et avait passé un mois et demi en prison.
Fin janvier 1978, au lendemain d'une réunion entre ses avocats et un juge lors de laquelle ce dernier avait laissé entendre qu'il allait le renvoyer sous les verrous, Roman Polanski avait
pris un avion pour l'Europe où il vit depuis.
«Nous ne pouvons pas juger le contexte judiciaire de l'arrestation de Roman Polanski. Mais nous sommes choqués par ce qui est arrivé», ont déclaré les directeurs du festival de
Zurich, Nadja Schildknecht et Karl Spoerri, cités dans un communiqué.
Les organisateurs ont reporté sine die la remise du prix que Polanski aurait dû recevoir dimanche pour honorer l'ensemble de sa carrière. Toutefois en signe de solidarité vis-à-vis de celui
qu'ils considèrent comme «l'un des cinéastes les plus extraordinaires de notre
époque», ils ont décidé de maintenir la soirée d'hommage prévue.
Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, s'est déclaré «stupéfait» par cette arrestation, rappelant que le cinéaste est citoyen français. Il a
souligné «s'en être entretenu avec le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui suit le
dossier avec la plus grande attention et partage le souhait (...) d'une résolution rapide de la situation».
«Sans vouloir s'immiscer dans un processus judiciaire très ancien et donnant lieu à des appréciations exagérées», Frédéric Mitterrand indique qu'il «regrette de la manière la plus vive qu'une nouvelle épreuve soit ainsi infligée à celui qui en a déjà tant
connu».
Le cinéaste d'origine polonaise, qui a passé son enfance dans le ghetto de Cracovie, a été
naturalisé français en 1976. Il a construit en une quarantaine de films, comme acteur, réalisateur, scénariste ou producteur, une œuvre pleine de grands écarts, suscitant à la fois admiration
et réserves, depuis l'iconoclasme de ses premiers opus jusqu'à l'académisme de sonPianiste, qui
lui a valu la palme du festival de Cannes en 2002.
Accueilli à bras ouverts à Hollywood, son aventure américaine avait duré 10 ans, semée de bonheurs et de cauchemars. Bonheur de son mariage avec la ravissante actrice Sharon Tate, des grands
films qui firent de lui un cinéaste de stature internationale, et cauchemar du sauvage assassinat de cette épouse aimée et enceinte en 1969 par les satanistes du tueur en série Charles
Manson.
(Source AFP)