Bip est orphelin. Bip, pierrot blafard à la bouche rouge et au geste aérien, est né le 22 mars 1947,
le jour du 24e anniversaire de Marcel Marceau. Le "Charlie Chaplin du mime", qui s’est éteint le 22 septembre 2007, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, disait de son personnage :
"Il est une part de moi-même, de mes réminiscences et de mes rêves... " Un personnage tout ensemble inspiré du mime de mélodrame Gaspard Deburau, de la commedia
dell’arte et de Charlot, être sensible et poétique qui se cogne à la vie et dont le nom sonne comme un hommage au Pip imaginé par Charles Dickens dans Les Grandes
Espérances. On ne reverra plus son chapeau haut de forme cabossé, sommé d’une fleur rouge tremblotante, sa silhouette souple luttant contre l’invisible, pourtant si visible. "Bip, ce
personnage entre chez nous sur les pieds de voleur, avec le terrible sans-gêne du clair de lune", écrivait Jean Cocteau. Bip avait fêté ses cinquante ans en 1997, trois ans avant ses
adieux. Son créateur, lui, avait fait son retour en 2002 et s’était même lancé, en 2005, dans une tournée aux Caraïbes et en Amérique latine. Un peu moins de deux ans après son décès, ses
souvenirs et ses biens occuperont le devant de la scène : 900 lots – livres, photos, tableaux, objets et meubles – vendus sur ordonnance pour cause de dette sociale. Leur
provenance ? La maison de Marcel Marceau à Berchères-sur-Vesgres, aux portes de l’Ile-de-France et de la Normandie. Acquise dans les années 1960, la propriété, posée sur un écrin de
verdure de trois hectares, était un monde à part : "En retrait de la folie humaine, où les souvenirs, les objets et les œuvres de toutes les cultures se côtoyaient, mis en scène par
l’artiste" , comme l’écrit Camille Marceau, l’une de ses filles. Tout commence avec des livres et des manuscrits, soit une centaine de numéros où l’on croise notamment les signatures de
Montaigne, Dickens, Molière, Goldoni, Sénèque, Racine, où figurent des ouvrages illustrés sur le théâtre japonais, des pages de Pablo Neruda. On retient bien sûr le manuscrit (ainsi que
quatre versions tapuscrites) de Pimporello, un livre pour enfants écrit par le mime dans les années 1970-1980 (2 000/3 000 €). Des livres, on passe aux tableaux. Accordons
notre mention spéciale aux 150 tableaux et gravures exécutés par le mime lui-même. Place aux photos pour la suite de cette première vacation. À savoir, quelque 200 lots de
clichés, presque exclusivement en noir et blanc, souvent dédicacés ou annotés, illustrant bien sûr la carrière de Bip et de son créateur à travers le monde. La seconde vacation revient à
des tableaux anciens des écoles française et étrangères, à quelques icônes, de l’archéologie et à des objets asiatiques. Sans oublier un ensemble de masques du théâtre japonais en bois
laqué, du début du XXe siècle (est. 200 à 350 €), et de poupées en laque gofun, faite de colle et de coquille d’huître. De même époque, celles-ci figurent des acteurs, des
samouraïs, des geishas, des impératrices (est. 200 à 400 €). Un détour par l’Afrique et l’Amérique précolombienne, puis l’on passe aux objets d’art (argenterie, pendules, montres,
art populaire...) et aux meubles XVIIe, XVIIIe et XIXe. Ce chapitre est emmené par un automate de la maison Rambour, Le Magicien turc de la fin du XIXe, pour lequel 7 000 à
9 000 € sont espérés. Retour enfin sur scène, grâce à un ensemble de costumes et accessoires (est. 300 à 3 000 €). Parmi eux, le célèbre chapeau de Bip
(800/1 000 €)...
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