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Moïcani - L'Odéonie

"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"

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Exposition : Le Bestiaire d'André Masson Jusqu'au au 5 septembre 2009

Le Bestiaire d'André Masson
Du 6 avril au 5 septembre 2009





Le Musée de La Poste présente, du 6 avril au 5 septembre 2009, l'exposition " Le Bestiaire d'André Masson " dans le cadre de sa programmation " Un timbre - un artiste ".
Elle réunit plus de 150 oeuvres : huiles sur toile, aquarelles, livres illustrés, dessins et gravures, dont un cabinet dédié à son bestiaire érotique.















André Masson, obsédé par les éléments, est un observateur attentif de la nature et de tout ce qui la peuple : insectes, animaux terrestres, animaux marins, forêts, champs de blés…
Rien n'échappe à son œil aiguisé et à son imagination féconde. Dès sa courte
période cubisante, la thématique du bestiaire est déjà présente dans son oeuvre, dont un tableau en porte le titre éponyme. Pour autant, les animaux du peintre français, lié au Surréalisme, n'ont rien d'une imitation à laquelle se serait livré un naturaliste. Ils subissent, au contraire, mille et une métamorphoses. Mi-animaux, mi-humains, mi-dieux, mi-végétaux, ils s'accouplent et se déchirent, se poursuivent ou s'affrontent en des combats meurtriers dans un environnement où la pierre, la plante, la bête sont en état de métamorphose permanente. Le bestiaire d'André Masson est donc un bestiaire insolite, " au tracé rapide, énergique, sans remords1 ",
qui se manifeste aussi bien dans ses somptueuses interprétations de la tauromachie
que dans ses tableaux se référant à la mythologie. Masson est en effet hanté par
les mythes, notamment celui du Minotaure, mi-homme mi-bête et tout ce qui s'y attache - Pasiphaé, Dédale et le labyrinthe. Ils lui permettent d'exprimer
son sentiment du tragique, ses angoisses, ses révoltes et témoignent du
caractère sensuel de l'artiste, de la brutalité du monde et de sa folie.
Les animaux de Masson s'agitent comme sur une scène de théâtre, nous surprennent, nous inquiètent ou au contraire nous font sourire.

Repères biographiques
André Masson est né dans un village industriel de l'Oise en 1896, de parents d'origine paysanne. Il commence son apprentissage artistique en 1907 à l'Académie royale des Beaux-Arts et arts décoratifs à Bruxelles. A son arrivée à Paris en 1912, il s'inscrit à l'Ecole nationale des beaux-arts.
André Masson a pratiqué un cubisme très personnel dès la fin de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il a été grièvement blessé au Chemin des Dames. Son atelier de la rue Blomet, où se rencontrent Roland Tual, Antonin Artaud, Georges Limbour, Michel Leiris, Georges Bataille, Louis Aragon, André Breton… a été un des lieux de formation du Surréalisme et un foyer de dissidence. Daniel Henry-Kahnweiler devient son marchand et grâce à lui, il peut, dès 1922, se consacrer entièrement à la peinture. Masson qui se considérait comme un surréaliste de naissance adhère au mouvement en 1923. En 1927, il pratique pour la première fois l'automatisme sur une toile en projetant du sable sur une couche de colle. Fasciné par l'Espagne et ses paysages, il s'y exile volontairement de 1933 à 1936. Il collabore à la revue surréaliste " Minotaure " et fonde avec Bataille la revue " Acéphale " en 1936. En 1941, la famille Masson s'embarque avec Breton et quelques autres surréalistes aux Etats-Unis, via La Martinique où elle restera jusqu'en octobre 1945. Elle s'installe en Nouvelle Angleterre et a pour voisins Calder, Yves Tanguy et Arshile Gorky. La peinture de Masson inspire les jeunes expressionnistes abstraits américains et plus particulièrement Jackson Pollock. En 1947, l'artiste déménage au Tholonnet près d'Aixen Provence. Il connaît une période d'apaisement qui se ressent dans sa peinture et se tourne vers des peintres comme Renoir et la peinture chinoise. En 1965, Malraux lui confie le décor du plafond du théâtre de l'Odéon, tandis que la même année une rétrospective au Musée national d'art moderne consacre son oeuvre. Il meurt à Paris en 1987 à l'âge de 91 ans. Si Masson a été un grand peintre, il a été également un prodigieux dessinateur et illustrateur et un graveur des plus inventifs. Sculpteur à ses heures, décorateur de théâtre, écrivain original, l'apport d'André Masson à l'art du XXe siècle est essentiel.

http://www.museedelaposte.fr













 










Loin du naturalisme, le bestiaire de Masson est fait de métamorphoses. Insolite donc, caustique aussi (Coq Andalou, 1935), parfois violent comme en témoignent ce Poisson dévorant des oiseaux ou Femme attaquée par les oiseaux, et souvent érotique comme on peut le découvrir au cœur d’un coquin cabinet obscur où se dévoilent les encres suggestives telles que : Bacchanales, Sphinx apprivoisé, Femmes et poissons, Femmes et taureaux ou encore Un porc et une oie. Puissance du trait des encres de Chine et de la mine de plomb, Masson n’est jamais aussi talentueux que dans ses œuvres graphiques, nombreuses dans la très belle exposition que lui consacre le musée de la Poste. André Masson, né à Balagny (Oise) en 1896 dans une famille d’origine paysanne gardera toujours le goût de la nature. Proche des surréalistes, il adhère au mouvement et participe en 1925 à la première exposition du groupe aux côtés de Ernst, Klee, Man Ray. De sa période espagnole, on retiendra les séries dédiées aux insectes qui le fascinent et à la tauromachie dans laquelle son coup de crayon et ses têtes stylisées évoquent beaucoup Picasso. Travaillant souvent à même le sol, il s’inspire des images concrètes qui lui arrivent de l’extérieur, même lorsqu’il s’installe face à la Montagne Sainte Victoire, en 1945, à son retour d’exil aux Etats-Unis. Peintre, prodigieux dessinateur, Masson fut aussi illustrateur et graveur. Passionné de littérature, il illustra de nombreux livres de ses amis : Prévert, Eluard, Aragon, Breton… Dans le cadre de la programmation « Un timbre – un artiste », plus de 150 œuvres sont exposées (huiles sur toile, aquarelles, livres illustrés, dessins et gravures, dont un cabinet dédié à son bestiaire érotique).

Catherine Rigollet


Un ventre fin. Un ventre de poudre ténue et comme en image.
Au pied du ventre, une grenade éclatée. La grenade déploie une circulation floconneuse qui monte comme des langues de feu, un feu froid.
La circulation prend le ventre et le retourne. Mais le ventre ne tourne pas.
Ce sont des veines de sang vineux, de sang mêlé de safran et de soufre,
mais d’un soufre édulcoré d’eau.
Au-dessus du ventre sont visibles des seins. Et plus haut, et en profondeur,
mais sur un autre plan de l’esprit, un soleil brûle, mais de telle sorte que l’on pense que ce soit le sein qui brûle.
Et au pied de la grenade, un oiseau.
Le soleil a comme un regard. Mais un regard qui regarderait le soleil.
Le regard est un cône qui se renverse sur le soleil.
Et tout l’air est comme une musique figée, mais une vaste, profonde musique, bien maçonnée et secrète, et pleine de ramifications congelées.
Et tout cela, maçonné de colonnes, et d’une espèce de lavis d’architecte
qui rejoint le ventre avec la réalité.
La toile est creuse et stratifiée. La peinture est bien enfermée dans la toile.
Elle est comme un cercle fermé, une sorte d’abîme qui tourne,
et se dédouble par le milieu.
Elle est comme un esprit qui se voit et se creuse, elle est remalaxée et travaillée sans cesse par les mains crispées de l’esprit. Or l’esprit sème son phosphore.
L’esprit est sûr. Il a bien un pied dans le monde. La grenade, le ventre, les seins,
sont comme des preuves attestatoires de la réalité.
Il y a un oiseau mort, il y a des frondaisons de colonnes.
L’air est plein de coups de crayon, des coups de crayon comme des coups de couteau, comme des stries d’ongle magique. L’air est suffisamment retourné.
Et voici qu’il se dispose en cellules où pousse une graine d’irréalité.
Les cellules se casent chacune à sa place, en éventail.
Autour du ventre, en avant du soleil, au delà de l’oiseau, et autour de cette circulation d’eau soufrée.
Mais l’architecture est indifférente aux cellules, elle sustente et ne parle pas.
Chaque cellule porte un œuf où reluit quel germe ? Dans chaque cellule un œuf est né tout à coup. Il y a dans chacune un fourmillement inhumain mais limpide,
les stratifications d’un univers arrêté.
Chaque cellule porte bien son œuf et nous le propose ; mais il importe peu à l’œuf d’être choisi ou repoussé.
Toutes les cellules ne portent pas d’œuf. Dans quelques-unes naît une spire.
Et dans l’air une spire plus grosse pend, mais comme soufrée déjà ou encore de phosphore et enveloppée d’irréalité. Et cette spire a toute l’importance de la plus puissante pensée.
Le ventre évoque la chirurgie et la Morgue, le chantier, la place publique
et la table d’opération.
Le corps du ventre semble fait de granit, ou de marbre, ou de plâtre,
mais d’un plâtre durcifié.
Il y a une case pour une montagne. L’écume du ciel fait à la montagne un cerne translucide et frais. L’air autour de la montagne est sonore, pieux, légendaire, interdit.
L’accès de la montagne est interdit. La montagne a bien sa place dans l’âme.
Elle est l’horizon d’un quelque chose qui recule sans cesse.
Elle donne la sensation de l’horizon éternel.



















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