Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Moïcani - L'Odéonie

"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"

Publicité

Anniversaire d'Yves Simon

simonyves2.jpgyvessimon.jpgSimon_Yves_1.jpg
Né à Choiseul le 03 mai 1945




Vous marchiez Juliet au bord de l'eau
Vos quatre ailes rouges sur le dos
Vous chantiez Alice de Lewis Carroll
Sur une bande magnétique un peu folle

Maman, on va cueillir des pâquerettes
Au pays des merveilles de Juliet

Sur les vieux écrans de soixante-huit
Vous étiez Chinoise mangeuse de frites
Ferdinand Godard vous avait alpaguée
De l'autre côté du miroir d'un café

Maman, on va cueillir des pâquerettes
Au pays des merveilles de Juliet

Dans la tire qui mène à Hollywood
Vous savez bien qu'il faut jouer des coudes
Les superstars et les petites filles de Marlène
Vous coinceront Juliet dans la nuit américaine

Maman, on va cueillir des pâquerettes
Au pays des merveilles de Juliet...



0886971260724.jpg0600753023105.jpg0035627163227s.gifalbum_thumb.php?ID=137326&H=160&W=160yves-simon.jpg51UG50kNplL._SL500_AA240_.jpg

24 écrivains et artistes parlent de New York. Parmi eux: Paul Auster, Peter Carey, Jerôme Charyn, Don de Lillo, Colum Mc Cann, Lou Reed, James Salter, Norman Spinrad...

Je me suis rendu, à la demande de Libé, à New York du 23 au 26 novembre 2001. J'ai séjourné là-bas dans la chambre 3206 de l'hôtel Hilton, Avenue des Amériques. Il faisait doux, un été indien.
J'avais comme les 23 autres, carte blanche.
Voici l'article:

Un cimetière invisible

“Chapter one: il adorait New York. Il l’idolâtrait au-delà de toute mesure. Non, commençons plutôt ainsi: il romançait New York au-delà de toute mesure. Pour lui, quelle que soit la saison, New York restait une ville qui existait en noir et blanc et qui vibrait au rythme du grand Gershwin...” Souvenez-vous, une voix off, un début de film, Manhattan, Woody Allen rendait hommage à sa ville préférée. A New York, la cité la plus rêvée du monde, là où se sont fomentées des utopies à foison, une ville qui a ouvert grand ses avenues aux réfugiés de la planète lorsqu’ils se sentaient miséreux dans une vie étriquée, ou que de barbares uniformes venaient d’investir... Ils se sont appellés Bela Bartok, Bertold Brecht, Marc Chagall, André Breton, Fernand Léger, Saint-John Perse, Claude Lévy-Strauss... Que l’on se souvienne encore de films où des hommes et des femmes enlacés, vêtus de manteaux élimés, cols relevés, debouts à côté de malles et de valises sur le pont des bateaux, pleuraient en découvrant le symbole tant espéré de la Liberté de Bartoldi. Tout au long du XXème siècle, New York fut imaginée par les émigrés, célèbres ou pas, comme un sanctuaire où le temps du monde ne pourrait exercer aucune prise sur celui de leur nouveau quotidien.
Aujourd’hui, 23 novembre 2001, le ciel est immaculé, l’air est doux, la ville meurtrie semble en convalescence. On se promène en chemise et blouson, les feuilles des érables du City hall Park sont à peine piquetées de jaune. J’ai rendez-vous avec New York. Je n’avais pas arpenté les avenues de la ville-rêve depuis six ans, pas levé la tête pour admirer les verticalités de verre et d’acier, pas senti l’odeur rêche du métro. J’ai rendez-vous avec la ville que le monde entier a vu vaciller et, comme chacun, j’ai à l’esprit les images d’embrasement qu’ont diffusés les écrans, celles de gens effarés qui regardaient en plein jour, fascinés, des cauchemars de la nuit.

A Central Park, on jogue en poussant un landeau, on sprinte sur des vélos chromés, on rolle, on calèche-à-touristes et non loin de là, au cinéma Le Paris, Amélie Poulain esquisse, à l’affiche, son sourire mutin. Tyffany n’offre aucune réduction particulière pour Noël et d’immenses anges blancs ornent l’allée du Rockefeller Center, tandis qu’une mamie en tutu et collants roses glisse sur la patinoire comme une princesse, vers l’arrière, en équilibre sur un pied, au milieu de jeunes hésitants.
Cinquième avenue, un avion de ligne survole soudainement la ville. Il disparaît à la vue, puis réapparaît entre deux gratte-ciels. Sur les trottoirs, un petit groupe lève la tête, un homme montre du doigt l’objet incongru, l’information circule à toute vitesse, les visages scrutent l’azur, puis l’avion s’éloigne irrémédiablement vers sa destination. Le ciel est d’un bleu sans bavure, il fait 15° Celcius, l’été indien s’éternise. Beaucoup d’enfants, de familles, c’est Thanksgiving. New York est là, striée de ses banderilles de buildings, fière, magnifique, dressée. “Une ville debout, comme l’a écrit Céline dans le Voyage, absolument droite. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports, et des fameux même. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l’Américaine, elle ne se pâmait pas, elle se tenait bien raide...”

Raide “l’Américaine”, cathédrale païenne lancée vers le ciel à la gloire des hommes, alors que les New-Yorkais, blasés, jettent leurs yeux à l’horizontale, à hauteur des taxis jaunes et des marchands de bretzels.

A Union Square, les baraques en bois du marché de Noël se sont déployées, bougies, lampes à huile, ours en peluche. Sur un banc, une femme à béret rouge fume une cigarette, un jeune type change les cordes d’une guitare, deux filles à grands cris, essayent une nouvelle bicyclette. On se promène avec un chien... Allons bon, tout serait déjà redevenu normal? Je pensais trouver une ville aux aguets, peuplée de visages soucieux, de sombres regards, et je m’aperçois que, dopée d’océan, l’énergie est au rendez-vous, que les accessoires habituels de sa séduction, comme les nuages de vapeur qui sourdent de la chaussée, le bruit des métros express qui s’échappent des grilles en surface ou les stridences des ambulances sont à leur place, que finalement New York is New York, muse inspirée de l’Occident, inscrite au patrimoine déjanté mondial, folle Venise du siècle dernier.

Insouciance trompeuse, c’est aux regards tournés vers un avion de passage que l’on décèle l’ombre d’une inquiétude et que la trace invisible des mémoires se révèle. C’est à une affiche collée à l’entrée d’un minimarket we will not let them destroy our spirit, que l’on repère la guerre lointaine. C’est à la multitude des drapeaux déroulés sur les vitrines que l’on remarque le resserrement patriotique autour d’une nation. Oriflammes collés sur les tapis d’orient d’un marchand, fanions aux vitres avant des berlines, bannière étoilée qui descend de l’immense voute de la gare du Grand Central Terminal, comme sous l’Arc de Triomphe un 14 juillet. Patriotisme? Oui, sans aucun doute. Expression surtout d’une douleur, d’une angoisse et d’une colère partagées. Pour le reste, à une dizaine de blocs du point d’impact, chacun fait comme si. Comme si tout était redevenu “normal”.

Pourtant, au point de collision entre l’Histoire et la ville de New York, au Ground Zero comme ils disent, tout dément l’apparente tranquillité qui règne au nord de Manhattan. C’est un cimetière sans corps, un reposoir de poussière. Un amas de poutrelles et de chairs pulvérisées, de cages d’ascenseurs déglinguées, de bouches d’air conditionné qui pendouillent au bout de câbles métalliques se donne encore à voir par courts flashs entre les rues ensoleillées des immeubles survivants, au-delà des barrières gardées par des militaires en treillis de la highland brigade. Ici, les New-Yorkais, comme le temps, s’arrêtent. Seules les grues, les pelleteuses et les batteries de projecteurs hollywoodiens sont branchés sur les gisants et s’affairent au loin. Les vivants, eux, s’agglutinent au croisement de Broadway et de Liberty Street, petite rue qui descend vers l’effondrement des tours, vers l’océan. On se recueille, on prie, on pleure. Les appareils photos, les caméras numériques figent le souvenir de la plaie, on effleure du doigt les fleurs fanées, des œillets, des orchidées. “Yellow roses from Texas, we love you New York”. Cet endroit est devenu un lieu saint pour tous ces gens qui se demandent chaque jour pourquoi ils n’auront jamais de corps à enterrer. «J’ai été très émue, dit une femme, lorsque j’ai appris que le gouverneur Pataki avait décidé de ne pas nettoyer les chaussures qu’il portait le jour où il s’est rendu sur le lieu de la catastrophe: elles étaient recouvertes de cette poussière grise, les cendres des morts”.

Des milliers de photocopies de visages d’hommes et de femmes, sous enveloppes plastifiées, sont restées accrochées aux grilles d’une église toute proche, avec un numéro de portable au cas où, reliques d’un espoir devenu vain, accrochées là quand il y en restait encore: “Missing Sharon Christina Millan last seen 85th floor WTC 2 “. C’est avec ces milliers de prénoms, de noms aux identités révélées, ces photos de pères, de frères, de filles souriantes au bras d’une amie, d’un fiancé, que l’informe amas de poutres et de béton déchiqueté parvient à restituer à nos imaginaires tout ce qui fut vivant, ces corps qui parlaient, qui souriaient - des destinées -.

Ici on se frôle, on se serre, hagards, ensemble pour un deuil qui ne sait par où commencer.

Mama’s belly

Death bilboard painters

Making gigantic caricatures

Of Life

(Du ventre de leurs mamans, les affichistes de la mort fabriquent les caricatures gigantesques de la vie) écrivit un jour le poète Bob Kaufman. Les affichistes du désastre ont réussi leur œuvre: instiller peur et méfiance dans le cerveau d’une ville où tout n’était qu’énergie, inventivité, excitation. Là où un extrême dénuement côtoie un luxe arrogant, où la First National City Bank exhibe sur la 6ème avenue: “United we stand” et, quatre avenues plus loin, près de l’Hudson, le Jewish Theater of New York: “The suicide bomber”. Là où les immeubles déglingués de la Première Avenue se trouvent à cinq minutes du richissime Trump Building, couvert d’arbres illuminés et de marbre. “Longtemps, quand le vent venait du mauvais côté, le sud, m’explique Tom Bishop de New York University, l’odeur exécrable du plastique et des corps brûlés vous montait à la tête”.

Ville-poème, Babel excentrique, immense et intense espace romanesque nourri de ses extrêmes, gavé à la raison et à la déraison, combien les architectes du rêve qui construisirent ses ponts et ses immeubles furent inventifs, élégants et audacieux! Comme ils surent tracer, avec le ciel et les nuages pour décor, de fines masses de beauté, des fusées de béton, d’acier et de verre propres à faire décoller l’imagination des hommes venus arpenter ses rues et ses avenues! New York, hologramme idéal, celui d’une Amérique que l’on souhaiterait toute entière à son image: cultivée, tendre, humble, généreuse, critique. Un ami journaliste me confie que depuis le 11 septembre, les gens de New York seraient plus attentifs, plus aimables encore... C’est vrai, je le ressens à toute occasion, dans les coffee shops, les magasins, à l’intérieur des ascenseurs. On sourit, on s’excuse, on est prévenant. Le malheur redonnerait-il, à chaque fois, plus d’humanité aux humains? Comme si nous avions besoin de catastrophes pour que chaque parcelle d’indifférence soit remise en cause et dissoute dans un nouvel ordre du monde où aucun n’est le vainqueur de l’autre.
Qu’exprimeront les artistes, les écrivains américains sur cette blessure narcissique qu’ils auront eu à vivre ensemble en plein début de XXIème siècle? S’auto-critiqueront-ils, pointeront-ils l’arrogance de leurs élus, de leurs diplomates, de leurs dirigeants de sociétés face aux autres nations, seront-ils tentés de dénoncer ce sentiment de supériorité pour tout ce qui n’est pas américain, la méconnaissance historique et géographique de leur peuple à l’égard du reste du monde? Ou alors, parleront-ils simplement des larmes et du sang, de la solidarité des habitants d’une ville traumatisée, des trésors de courage qui se sont manifestés pour partager et entamer l’impossible deuil, résister au découragement en s’offrant les gestes et les mots de la compassion?

Dust in the wind chantait le groupe Kansas... Pas ou peu de corps, pas de cérémonie, pas de tombe où se rencontrer le dimanche et tenter, en famille, entre amis, de recomposer une expression, un sourire aux visages des disparus. Seule la poussière d’une tragédie s’est envolée au dessus de la ville, s’est infiltrée par les interstices des fenêtres, a recouvert de ses nuages les étangs de Central Park, s’est collée aux miroirs des buildings.

Pour l’heure, New York vit entourée des particules de ses morts et de ses tours, impalpables comme les songes, peuplée d’un invisible cimetière.
Yves Simon




http://www.yves-simon.com

oceans.jpg139x219_livre Yves Simon.jpg9782702137260.jpg107303.jpg
41YD1GSHX7L._SL500_AA240_.jpgmanufacture_poche.jpg386527.jpg

Jacques Prévert
Article paru dans Paris-Match en août 99

(Jacques Prévert est selon un sondage de Paris-Match, l'auteur français le plus lu dans ces cinquante dernières années. Il arrive devant Camus, Sartre, Vian.)

Certains hommes ont le privilège exhorbitant d’entrer dans la conscience et le cœur de leurs contemporains comme si, depuis toujours, ils y avaient été invités.

Pourtant, personne n’attend les poètes, ils sont le superflu méticuleux de l’Histoire, ce que rien ne peut ni prédire, ni envisager. Ils débarquent à contre-courant - inattendus toujours -, surprenants, pour occuper les places que chaque inconscient semblait avoir préparé pour eux. C’est par effraction qu’ils se convoquent au banquet des lettres pour y introduire désordre et beauté. Certains y dévoilent quelques-uns des secrets du monde, d’autres en inventent d’inédits, d’autres encore apportent le supplément de pouvoir que ceux qui les lisent et élisent, espéraient.

Jacques Prévert est de ceux-là, qui donnent énergie et envie. Envie d’écarquiller les yeux, de regarder attentivement les gestes minuscules de l’humanité en train de se débattre avec l’existence. Envie encore d’écouter les bruits infimes comme celui terrible de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain. Envie de sourire, d’être bousculé, de se moquer des poncifs, d’être poète ou amoureux. Pour les enfants des écoles, la poésie eut longtemps pour visage Ronsard, Du Bellay, Lamartine, - des vers et de l’art - jusqu’à ce que les programmes conduisent à Prévert, trimardeur de la modernité, clope aux lèvres, déambulant dans les mondes parallèles de la poésie, du cinéma et de la chanson. La cigarette de Prévert! Un emblème, un blason, le signe générationnel des années du mi-siècle qui indiquait la proximité, sorte de fraternité prolétarienne où l’on a pu rencontrer Blaise Cendrars et Fernand Léger. Si les Français ont sur le champ aimé Prévert, c’est parce qu’il parle des petites gens, des cancres, des amants, des innocents, qu’il a su fracturer les phrases, les expressions toutes faites, afin de les défaire et que chacun puisse s’écouter prononcer des mots qu’il avait perdu l’habitude d’entendre. C’est la force des poètes que de n’avoir ni à flatter ni à combattre pour conquérir un pouvoir, le seul qui vaille: celui de rendre élégantes et précieuses les choses de l’ordinaire et rendre invulnérables ceux qui ont à les vivre au quotidien.

Héritier naturel de Villon, Compagnons des mauvais jours/ Je vous souhaite une bonne nuit/ Et je m’en vais, de Dada et des surréalistes, De deux choses lune/ L’autre c’est le soleil, il malaxe la syntaxe, énumère, inventorie, vitupère Notre Père qui êtes aux cieux / Restez-y. Il prie, renie, veille comme une sentinelle sur les faits et méfaits de nos existences, les minuscules états de nos âmes déchiquetées pour un soupir, un rien, l’absence d’un regard "Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout / Contre les portes de la nuit.." Anar, il n’octroie pas de rimes à ses vers, ou alors de temps en temps, cela rimerait si peu, ou à rien, de faire semblant. Il écrit comme on parle quand on parle bien, avec son cœur et son ventre, ses éblouissements, avec aussi la compassion des généreux pour les erreurs, les accidents de vie... Et tu as couru vers lui sous la pluie /Ruisselante ravie épanouie...

Si pour deux ou trois générations de poètes en noviciat, Prévert fut le N° 239 du Livre de Poche avec son mur graffité en couverture et Paroles en lettres de sang, il fut, pour sa propre génération, un carrefour où se croisèrent Picasso, Eluart, Gabin, Montand, Audiberti, Bunuel, Gérard Philippe, Trauner, Signoret et quelques ratons laveurs, toute la galaxie des arts de son siècle.

Ici on loge à pied, à cheval et en peinture avait inscrit sur son enseigne Paul Roux, le fondateur de La Colombe d’or à Saint-Paul de Vence. Lorsqu’il mourut en 1964, lui qui avait réuni tant de peintres, de poètes, d’acteurs dans son auberge d’alors, reçu ce bel hommage du poète français le plus célèbre et le plus célébré: Paul ne repose pas au cimetière de Saint-Paul. C’est pourtant un jardin chaud, vivant et beau. Je le connais. J’ai dormi là une nuit sur un amas de vielles couronnes perlées. Au petit matin, les oiseaux m’ont réveillé et aussi, peut-être, un lézard courant sur ma main. Tout Prévert est là. Etre vivant et s‘identifier à l’ami mort, c’est cela l’amour des hommes: comme les mots, les amis ne meurent pas, la vie persiste et résiste aux aléas, ça continue de rire et de pleurer aux justes moments, longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, sans se décaler de l’horloge des poésies du monde.
Yves Simon

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article