Jadis, aux jours du feu, quand la Terre, en hurlant,
Jetait son bloc fluide à travers le ciel blanc,
Elle enfla par degrés sa courbe originelle,
Puis, dans un vaste efforte creva ses flancs ignés,
Et lança, vers le flux des mondes déjà nés,
La Lune qui germait en elle.
Alors, dans la splendeur des siècles éclatants,
Sans relâche, sans fin, à toute heure du temps,
La mère, ivre d'amour, contemplait dans sa force
L'astre enfant qui courait comme un jeune soleil.
Il flambait! Un froid vint l'engourdir de sommeil
Et pétrifia son écorce.
Puis, ce fut l'âge blond des tiédeurs et des vents;
La Lune se peupla de murmures vivants,
Elle eut des mers sans fond et des fleuves sans nombre;
Des troupeaux, des cités, des pleurs, des cris joyeux;
Elle eut l'amour, elle eut ses arts, ses lois, ses Dieux,
Et lentement rentra dans l'ombre.
Depuis, rien ne sent plus son baiser jeune et chaud;
La Terre, qui vieillit, la cherche encor làhaut:
Tout est nu... mais, le soir, passe un globe éphémère,
Et l'on dirait, à voir sa forme errer sans bruit,
L'âme d'un enfant mort qui reviendrait, la nuit,
Pour regarder dormir sa mère