"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"
17 Janvier 2009
|
Les deux cinéastes que Truffaut admirait le plus et qui ont chacun eu une influence décisive sur son œuvre sont Jean Renoir et Alfred Hitchcock.
Truffaut raconte qu’il a vu, en cachette et en fraudant, plus de deux cents films au début de son
adolescence, avec " un sentiment de culpabilité qui ne pouvait qu’ajouter aux émotions procurées par le spectacle "
|
|
|
|
A partir du film Rebecca, Hitchcock apparaît le plus souvent dans ses films. Cette attitude
est, à l’époque, extrêmement rare chez un réalisateur car bon nombre d'entre eux ne se montrent jamais à l'écran. |
|
|
|
|
|
|
On retrouve par ailleurs ce procédé de suggestion dans l'admirable Rosemary's Baby de Roman Polanski en 1968. Les spectateurs du film, interrogés une heure après leur sortie, sont persuadés à 80% d'avoir vu le bébé monstrueux de Rosemary, alors qu'aucune image de ce bébé ne figure dans le film et que tout réside dans l'ambiance créée en hommage à Hitchcock.
De même dans "Les Oiseaux", qui n'est
pourtant pas un film policier, il y a un décalage entre le spectateur, qui comprend assez tôt que les oiseaux vont attaquer ( même s'il ne connaît pas à l'avance le film) et le personnage de Tipi
Hedren. La scène de l'école est restée célèbre:
La séquence s'ouvre par la caméra qui suit la femme sortant de l'école, descendant les marches, passant dans la cour, s'asseyant sur la barrière. Derrière elle, au second plan sont montrés tous
les éléments importants : l'école, et ce jeu d'enfants appelé "cage à poule", encore une allusion aux oiseaux. La cage à poule est vide. La scène se déroule alors en plans alternés, sur le visage
de Tippi Hedren fumant sa cigarette en attendant la sortie des élèves, et sur la cage à poule. D'abord un oiseau s'y est perché. La deuxième fois qu'on la voit il y a trois ou quatre oiseaux. La
troisième fois il y en a peut-être une dizaine. Puis un oiseau passe, de la gauche de Tippi Hedren à sa droite; elle le suit des yeux et nous voyons alors son visage tourner lentement vers la
gauche derrière elle; enfin l'oiseau rejoint ses congénères sur la cage à poule, au moment même où Tippi Hedren découvre avec surprise que celle-ci est quasiment noire d'oiseaux. Cet oiseau, bien
sûr, dénoue la scène; il guide à la fois le regard de la caméra et celui de Tippi Hedren vers la révélation finale : les oiseaux sont là et menacent l'école.
Dans ce cas là encore, le spectateur comprend le premier et attend que Tipi comprenne à son
tour.
Les quatre films que Truffaut réalise autour de la sortie du livre en 1966 sont fortement marqués par
l’influence d’Hitchcock.
Truffaut choisit Bernard Herrmann, compositeur de nombreux films d’Hitchcock pour la musique de Farenheit 451 (1966) et de La Mariée était en noir (1968).
La Mariée était en noir et la Sirène du Mississippi (1969) sont adaptés de romans de William Irish dont sont tirés des films d’Hitchcock, en particulier le sublime Fenêtre
sur Cour (1954).
De même dans Baisers volés(1968),
quand, à la fin du film, Antoine Doinel passe sa première nuit avec Christine, nous découvrons en caméra subjective d'abord les restes du téléviseur démonté, comme dans une scène de crime, puis
une montée d'escalier, presque angoissante, une chambre vide, puis enfin l'image paisible des deux amants dans leur lit.
Les hasards de la vie ont fait que le dernier film de Truffaut fut Vivement Dimanche, en 1983. Truffaut y revisite pour la dernière fois des thèmes hitchcockiens. Il revient au noir et blanc qu’il
n’avait pas utilisé depuis l’Enfant Sauvage en 1969 Le personnage central Julien est faussement coupable, mais
plus faible que Barbara. De fortes scènes nocturnes, sous la pluie, en voiture accroissent la tension.
Comme dans tous les films "policiers" de F Truffaut, et contrairement aux standards habituels du genre, le personnage fort est une femme et l'ambiance est plus poétique que
tragique.
Dans un article Truffaut écrit : « N’oublions jamais que les idées sont moins intéressantes que les êtres
humains qui les inventent, les modifient, les perfectionnent ou les trahissent... » et se sont surtout les liens personnels qu’il a su nouer avec ses maîtres qui lui ont permis de devenir un
artisan habile à la façon d’Hitchcock et un poète humaniste et généreux à la manière de Renoir.
|
Son premier entretien avec Hitchcock date de 1955. Au début des années 60, il multiplie les
entretiens avec le maître pour aboutir en 1966 à la publication du livre « Le cinéma selon Hitchcock », avec le concours d’Helen Scott.
Une des clés de la richesse émotionnelle du cinéma d’Hitchcock est le suspense. |