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Moïcani - L'Odéonie

"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"

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Anniversaire de Jules Supervielle

Jules Supervielle est né le 16 janvier 1884


Je vous rêve de loin, et, de près, c’est pareil,
Mais toujours vous restez précise, sans réplique,
Sous mes tranquilles yeux vous devenez musique,
Comme par le regard, je vous vois par l’oreille.

Vous savez être en moi comme devant mes yeux,
Tant vous avez le cœur offert, mélodieux,
Et je vous entend battre à mes tempes secrètes
Lorsque vous vous coulez en moi pour disparaître.

Extrait de « Oublieuse mémoire », 1949.


Ami silence de minuit
Ecoutons ensemble les bruits
D’une vie près d’être écoulée,
Pourchassons-la jusqu’aux roseaux
Où les bruits étouffent dans l’eau
Une eau par soi-même comblée
(elle ne sait rien du ruisseau
qui se cherchait dans la vallée).

Ami silence de minuit,
O toi qui jamais ne m’as nui,
Lune d’un soleil d’indolence,
Mais qui met la main sur l’immense,
Quand les roses du jour sont mortes
Et deviennent roses de nuit
A l’obscurité calculée
Pour nos plus secrètes allées,

Ami silence de minuit,
Toi dont le cauteleux velours
Nous enveloppe de toujours
Tu laisses tomber tes pétales
De ton bâillement de crotale
Qui pourrait mordre s’il voulait
Mais préfère nous consoler
Quand sur nos têtes il balance
Les sphères de la délivrance.

Extrait de « Oublieuse mémoire », 1949.

Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d’une lampe profonde,
Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes.

Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge,
En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer.
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s’y pose, on dirait qu’elle est comme les autres.

Il vous naît un ami, et voilà qu’il vous cherche
Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux
Mais il faudra qu’il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d’étranges battements
Qui lui viennent des jours qu’il n’auras pas vécus.

Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

Extrait des « amis inconnus ». 1934.

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