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Moïcani - L'Odéonie

"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"

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Georges Brassens Chante les Poètes

Georges Brassens
MARQUISE
Stances de Corneille. Conclusion de Tristan Bernard.


Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guères mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaîst à faire un affront:
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le mesme cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits:
On m'a vu ce que vous estes;
Vous serez ce que je suis.

Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant
Marquise de Racine
Les Passantes
Les passantes

 

Antoine Pol (1888-1971) a publié Les Passantes en 1918, dans Émotions poétiques.
Georges Brassens découvre le recueil dans les années 40, chez un bouquiniste. Ce n'est qu'en 1972 qu'il compose une musique sur ces paroles, et veut rencontrer Antoine Pol, mais le poète est mort quelques mois auparavant ...

 

Les passantes

Je veux dédier ce poème,
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu'on connaît à peine ,
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais.

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre,
Et qui, preste, s'évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui.

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin,
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre,
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main.

A la fine et souple valseuse *
Qui vous sembla triste et nerveuse,
Par une nuit de carnaval,
Qui voulut rester inconnue,
Et qui n'est jamais revenue,
Tournoyer dans un autre bal.

Á celles qui sont déjà prises, 
Et qui, vivant des heures grises        
Près d'un être trop différent,                              
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

A ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses,
Et portent encor votre deuil,
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées,
Victimes d'un stupide orgueil.

Chères images aperçues,
Espérances d'un jour déçues,
Vous serez dans l'oubli demain,
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l'on a manqué sa vie,
On songe, avec un peu d'envie,
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,
Aux coeurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu'on n'a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes,
Que l'on n'a pas su retenir.


Jules Jean Paul Fort, né à Reims (Marne) le 1er février 1872 et mort le 20 avril 1960 à Montlhéry (Essonne), est un poète français.

 Paul Fort donna ses premiers poèmes au Mercure de France en 1896. Ils constitueront le début des Ballades françaises dans une suite continue jusqu'à sa mort. Il fonda le Théâtre d’Art, qui deviendra le Théâtre de l'Œuvre, créa en 1905 la revue Vers et prose et contribua à donner au quartier du Montparnasse, à Paris, sa renommée artistique.

Il est l'auteur d'une œuvre poétique abondante mêlée de symbolisme, de simplicité et de lyrisme, utilisant le plus souvent le verset. Paul Fort fréquenta quelques-uns des écrivains et poètes les plus connus de son temps : Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, Pierre Louÿs,André Gide. Quelques-uns de ses poèmes furent mis en musique et chantés par Georges Brassens : Le Petit cheval, La Marine, Comme hier.

Il voulut offrir une scène à Maurice Maeterlinck dont il admirait les drames. C'est ainsi qu'en 1890, il créa avec Lugné-Poe le Théâtre d'Art qui révéla les dramaturges nordiques Henrik Ibsen et August Strindberg.

Il fut l'un des principaux membres du jury du Prix Jeunesse.

Bien que né rue Caqué, où son père était agent d’assurances, Paul Fort passa sa prime enfance à l’angle de la rue de Vesle et de la rue du Clou-dans-le-Fer. Il revint officiellement à Reims, en 1954, inaugurer une exposition qui lui était consacrée à la bibliothèque Carnegie.

Fait commandeur de la Légion d'honneur, il avait été élu « prince des poètes » en 1912.

En 1956, il épousa Germaine Georgette Claire Pouget. Son neveu Robert épousa la fille d’Alfred Vallette (1858-1935), directeur du Mercure de France, et de Marguerite Eymery (1860-1953), femme de lettres connue sous le nom de Rachilde.

Paul Fort repose à Montlhéry dans sa propriété d'Argenlieu. (Wikipedia)

L’Enterrement de Paul Fort

 

 

 

George BrassensTous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Le petit cheval n'est pas mort
Dans le mauvais temps, Dieu merci.
Le bon soleil criait si fort :
Il fait beau, qu'on était ravis.
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie.

On comptait bien quelques pécores,
Quelques dindes à Montlhéry,
Quelques méchants, que sais-je encore :
Des moches, des mauvais esprits,
Mais qu'importe ? Après tout ; les morts
Sont à tout le monde. Tant pis,
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jours de ma vie.

Le curé allait un peu fort
De Requiem à mon avis.
Longuement penché sur le corps,
Il tirait l'âme à son profit,
Comme s'il fallait un passeport
Aux poètes pour le paradis.
S'il fallait à Dieu du renfort
Pour reconnaître ses amis.

Tous derrière en gardes du corps
Et lui devant, on a suivi.
Le petit cheval n'est pas mort
Comme un chien je le certifie.
Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Moi, l'enterrement de Paul Fort,
Fut le plus beau jour de ma vie.

 

 

Les Oiseaux de Passage par Renaud


Ô vie heureuse des bourgeois
Qu'avril bourgeonne
Ou que decembre gèle,
Ils sont fiers et contents

Ce pigeon est aimé,
Trois jours par sa pigeonne
Ça lui suffit il sait
Que l'amour n'a qu'un temps

Ce dindon a toujours
Béni sa destinée
Et quand vient le moment
De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs
C'est la que je suis née
Je meurs presd de ma mère
Et je fais mon devoir

Elle a fait son devoir
C'est a dire que Onques
Elle n'eut de souhait
Impossible elle n'eut

Aucun rêve de lune
Aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs
Sur un fleuve inconnu

Et tous sont ainsi faits
Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là
Cela n'est point hideux

Ce canard n'a qu'un bec
Et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir
Ou bien d'en avoir deux

Ils n'ont aucun besoin
De baiser sur les lèvres
Et loin des songes vains
Loin des soucis cuisants

Possèdent pour tout c?ur
Un vicere sans fièvre
Un coucou régulier
Et garanti dix ans

Ô les gens bien heureux
Tout à coup dans l'espace
Si haut qu'ils semblent aller
Lentement en grand vol

En forme de triangle
Arrivent planent, et passent
Où vont ils? ... qui sont-ils ?
Comme ils sont loins du sol

Regardez les passer, eux
Ce sont les sauvages
Ils vont où leur desir
Le veut par dessus monts

Et bois, et mers, et vents
Et loin des esclavages
L'air qu'ils boivent
Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant
D'atteindre sa chimère
Plus d'un l'aile rompue
Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens
Ont aussi femme et mère
Et savent les aimer
Aussi bien que vous, mieux

Pour choyer cette femme
Et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir
Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout
Des fils de la chimère
Des asoiffés d'azur
Des poètes des fous

Regardez les vieux coqs
Jeune Oie édifiante
Rien de vous ne pourra
monter aussi haut qu'eux
(2x)

Et le peu qui viendra
d'eux à vous
C'est leur fiante
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux

 

Jean Richepin

 

 Jean Richepin, né à Médéa (Algérie) le 4 février 1849 et mort à Paris le 12 décembre 1926, est un poète, romancier et auteur dramatique français.

Ce poète turbulent, fils d'un médecin militaire breton, eut dans sa jeunesse une réputation de « fort en thème », ce qui lui permit de faire de brillantes études secondaires et d'intégrer l'École normale supérieure en 1868, avant d'obtenir une licence ès lettres en 1870.

Avec la guerre, il prend goût à l'aventure en s'engageant dans un corps de francs-tireurs et, faisant alors l'expérience de la liberté, il mène pendant quatre ans une vie d'errance, gagnant sa vie en s'engageant successivement comme journaliste, professeur, matelot, docker à Naples et à Bordeaux. En 1875 enfin, il découvre le quartier latin, où il se fait très vite remarquer par ses excentricités et fait la connaissance de Léon Bloy, Paul Bourget, Maurice Rollinat et surtout Raoul Ponchon, rencontré dans les salons de la maîtresse de Charles Cros, Nina de Villard, et qui deviendra son ami inséparable. Avec ce dernier et Maurice Bouchor, il fonde le Groupe des Vivants. Fortement inspiré par les œuvres de Petrus Borel, Baudelaire et Jules Vallès, qu'il considérait comme le réfractaire par excellence, il se décide à rejeter le joug des conventions sociales et culturelles, à célébrer l'instinct. Vantant, non sans humour, sa force physique, sa virilité, sa prétendue hérédité bohémienne, il se crée une biographie imaginaire et riche en couleurs.

En 1876, le grand public découvre soudain Richepin avec La Chanson des gueux, qui vaut immédiatement à son auteur un procès pour outrage aux bonnes mœurs. Le livre est saisi, Richepin condamné à passer un mois de prison à Sainte-Pélagie, mais il était d'ores et déjà trop tard : il était célèbre.

 

 

L'apparition du naturalisme lui fait découvrir, après sa libération, de nouveaux horizons, mais si, dans ses Caresses, il emploie un langage cru, argotique, populaire, l'étalage de sensualité affectée, souvent grotesque ou vulgaire, laisse trop facilement transparaître son désir de scandaliser la bourgeoisie, ce qui vaut au recueil d'être considéré comme manquant de sincérité poétique. Le matérialisme grandiloquent et le nihilisme fanfaron des Blasphèmes lui valent le surnom de « Lucrèce de foire ».

Dès 1873, il avait fait avec L'Etoile des débuts simultanés d'acteur et d'auteur de théâtre. Il paraît encore en 1883 aux côtés de Sarah Bernhardt dans le premier rôle de son drame, Noha-Sahib, qui se heurte à une semi-indifférence du public. Mais à force de persévérance, il connaît un véritable succès théâtral avec Le Chemineau en 1897. Il collabore de plus activement au Gil Blas et publie plusieurs romans très populaires, tels La Glu (1881) et Miarka, la fille à l'ourse (1883). Voyageur invétéré, on le voit souvent à Londres, ou parcourant des contrées plus ou moins éloignées, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Scandinavie, l'Afrique du Nord, où il ne cherche pas plus à rencontrer des personnalités littéraires que des espaces « exotiques », le grand air, le nouveau enfin.

Le 5 mars 1908, suite au décès d'André Theuriet, son élection à l'Académie française, où il fut reçu par Maurice Barrès le 18 février 1909, consacra en quelque sorte une carrière de révolté que les honneurs avaient rendu inoffensif.

Jean Richepin écrivit jusqu'à la fin de sa vie. Il collabora à La Bonne chanson, Revue du foyer, littéraire et musicale, dirigée par Théodore Botrel et on vit paraître en 1922 et 1923 encore deux recueils de vers, Les Glas et Interludes.

Il s'était tout d'abord imposé par une remarquable truculence verbale. Il était d'un caractère violent, exalté et romantique, d'un romantisme dont il ne retint que la « parure », le pittoresque et surtout la recherche de mots nouveaux. C'était là ce que l'on pourrait appeler le « domaine » de Richepin, maître incontestable de son métier poétique et fort de sa culture de normalien lettré. Mais, victime de sa prodigieuse facilité à trouver des mots et des images, ce révolté n'est plus considéré de nos jours que comme un « très grand rhétoricien ».

Jean Richepin fut enterré à Pléneuf-Val-André, dans les Côtes-d'Armor, où il venait souvent passer des vacances dites bretonnes avec Raoul Ponchon, qui reposera à ses côtés en 1937.

Il habita le château des Trois-Fontaines à Montchauvet (Yvelines), et y fut élu maire de la commune le 19 mai 1912, mais ne sera pas réélu le 7 décembre 1919.(Wikipedia)

 

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