"Quand un salon littéraire devient un boudoir pour dames"
29 Juillet 2012
Plume au restaurant
Plume déjeunait au restaurant, quand le maître d’hôtel s’approcha, le regarda sévèrement et lui dit d’une voix basse et mystérieuse : « Ce que vous avez là dans
votre assiette ne figure pas sur la carte. »
Plume s’excusa aussitôt.
- Voilà, dit-il, étant pressé, je n’ai pas pris la peine de consulter la carte. J’ai demandé à tout hasard une côtelette, pensant que peut-être il y en avait, ou que sinon on en trouverait
aisément dans le voisinage, mais prêt à demander autre chose si les côtelettes faisaient défaut. Le garçon sans se montrer particulièrement étonné, s’éloigna et me l’apporta peu après et
voilà…
Naturellement, je la paierai le prix qu’il faudra. C’est un beau morceau, je ne le nie pas. Si j’avais su, j’auras volontiers choisi une autre viande ou simplement un œuf, de toute façon
maintenant je n’ai plus très faim. Je vais vous réglé immédiatement.
Cependant, le maître d’hôtel ne bouge pas. Plume se trouve atrocement gêné. Après quelque temps relevant les yeux… hum ! C’est maintenant le chef de l’établissement qui se trouve devant lui.
Plume s’excusa aussitôt.
[…]
Henri Michaux, Un certain Plume (Gallimard, 1930)