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Publié par Moicani - L'Odéonie

 

 

Pendant longtemps, personne ne savait qui était Lise Lévitzky. On croyait pourtant tout connaître de la vie de son premier mari, Serge Gainsbourg, qu'elle avait épousé quand il s'appelait encore Lucien Ginsburg ? Lulu.

 

Du jour de leur rencontre, le 5 mars 1947, jusqu'à ce 5 mars 1991 où elle l'accompagne à sa dernière demeure au cimetière du Montparnasse au milieu d'une foule qui ignore jusqu'à son nom, Lise a vécu plus de 40 ans d'amour, de complicité, de disputes et de retrouvailles avec Serge Gainsbourg.

 

Pour la première fois, elle raconte leurs années de bohème et de vache maigre. Elle révèle pourquoi Lucien a choisi de devenir Serge, pourquoi il a abandonné la peinture, pourquoi il a, plus tard, réécrit son passé. Elle révèle les secrets de chansons célèbres comme « Le Poinçonneur des Lilas », « Elaeudanla Téitéia » ou « Ce mortel ennui ». Elle revient sur des dizaines d'épisodes inconnus de la vie de la star. Elle explique beaucoup d'aspects de la personnalité de Gainsbourg, de son mépris pour l'avant-garde à son besoin viscéral de faire fortune en passant par son donjuanisme forcené, ses angoisses de créateur, son alcoolisme ou sa passion maniaque pour les objets d'art...

 

Histoire d'amour hors norme, Lise et Lulu est le document ultime qui manquait à la connaissance de la vie et de l'oeuvre d'un des plus grands génies de la culture populaire française.

 

 

http://www.editionsfirst.fr/catalogue/1584-culture-generale/1589-beaux-arts/lise-et-lulu-EAN9782754017244.html

 

La première femme de Serge Gainsbourg, chez elle, à L'Hermitage-Lorge, dans les Côtes-d'Armor. Lise Lévitsky, 84 ans, vient d'écrire Lise et Lulu.

 

 

Comment est née cette histoire d'amour qui a duré 44 ans ?

C'était le 5 mars 1947. Quand j'ai rencontré Lucien (le vrai prénom de Gainsbourg) à l'Académie Montmartre, c'était un petit Juif russe. Moi aussi j'étais russe, mais d'une famille d'aristocrates épouvantablement antisémites. Notre amour a été une fête extraordinaire. Nos deux familles ne s'aimaient pas. On voulait vivre un amour libre, à la manière de Sartre et Beauvoir. C'était la bohème. Je ne voulais pas dépendre d'un homme, j'étais secrétaire du poète surréaliste Georges Hugnet et dans des maisons d'édition. Je peignais, Lulu assez peu. Il disait pourtant qu'il était destiné à devenir un grand peintre.

Un jour, vous vous retrouvez chez Dali...

Pendant quatre mois ! Le poète pour qui je travaillais, malade, ne pouvait plus m'employer, je n'avais plus de logement. Sa femme m'a passé les clés d'un appartement que Dali n'occupait pas. Il y avait des tableaux partout. Lulu, au service militaire, me rejoignait quand il avait une permission. Il avait 21 ans et moi 23. Gala, femme de Dali, inquiète qu'une jeune femme occupe son appartement, est venue compter les draps. Même pas les tableaux, les draps ! Dali est venu le lendemain, avec du champagne, excuser sa femme. Il nous a ouvert une pièce, tapissée d'astrakan noir, du sol au plafond. Lucien était suffoqué : qu'on puisse fouler ça aux pieds était merveilleux. C'est de là que lui est venue l'idée, bien plus tard, de tapisser de noir son appartement de la rue de Verneuil.

Cette première période s'est achevée dans la douleur.

Oui, petit à petit, l'amour libre s'est transformé en tromperies. Lulu vivait des aventures de 24 heures et moi de longues histoires. Jaloux, il exige qu'on se marie, j'accepte en pleurant. Je n'ai plus de liberté, je ne vois plus mes amis, sa mère me surveille. On est en 1959. Il ne veut plus peindre, je me sens trahie. J'entre dans une profonde dépression et nous divorçons. Puis je me remarie... Lui est avec Brigitte Bardot.

Mais l'histoire n'est pas finie...

On ne s'est pas vus pendant des années. Un jour, en mai 68, sur le pont Louis Philippe, on tombe nez à nez. Le début d'un long « revenez-y ». C'est son tour d'être déprimé après que Bardot l'a quitté. Mais chacun est libre, c'est très amusant. Après, mon téléphone sonne régulièrement : « C'est moi, viens ! » Il avait horreur de la solitude. Il y avait un tel défilé de bonnes femmes, je devais représenter un point fixe dans sa vie. Même plus tard, plus vieille, je me suis toujours sentie valorisée avec lui. Dès qu'il revenait, quelle fête ! On était de vieux amis, comme frère et soeur aussi. Un jour où je lui demandais ce qu'il pensait de notre relation, il m'a répondu : « Elle est pérenne et incestueuse ». Même si j'ai voulu parfois le détester, je continue de l'aimer, c'est l'homme le plus extraordinaire que j'ai eu.

Qu'est-ce qui explique son image de séducteur ?

Les femmes tombaient dès qu'il posait son regard sur elles. Le regard du peintre. Il poursuit celle qu'il a choisie d'une attention extrême, irrésistible. Elle croit qu'elle est intéressante. Elle est, en fait, comme un papillon sur une épingle et il la peint. Il est très attentif. Je n'ai jamais connu quelqu'un cherchant autant à faire plaisir, à avoir une relation aussi égalitaire avec une femme. Aucun geste autoritaire, un mot de trop ou une grivoiserie. Lulu, c'est le respect total, le contraire du misogyne. Sa voix aussi m'a toujours touchée, il pouvait dire n'importe quelle connerie avec, ça passait.

Décririez-vous un trait méconnu de Lucien-Serge ?

Gainsbourg, c'est une histoire triste. Il ne se pardonnait pas d'avoir abandonné la peinture, il se sentait en faute. Ce n'est pas pour rien qu'il se représentait en Saint-Sébastien, le martyr transpercé de flèches.

Avez-vous un regret ?

Je suis la seule des femmes qu'il a connues à avoir entendu le téléphone, quand il a appelé le matin de sa mort. J'étais ici, dans ma maison, en Côtes-d'Armor. Il m'a dit : « Je ne veux pas mourir ». J'ai répondu des banalités, du genre « Mais non, t'inquiète pas... » Il est mort le soir même. Je n'ai pas été à la hauteur.

Que reste-t-il de lui aujourd'hui ?

La poésie. Il était la poésie incarnée. Rimbaud devait être de la même espèce.

 

Recueilli par Marie-Claudine CHAUPITRE

Lise et Lulu, par Lise Lévitsky, avec Bertrand Dicale. Sort le 15 avril, First éditions, 280 p., 17,90 €.

 

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Arts et culture

On ne naît pas aristocrate, on le devient

« Le snobisme est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet. »1
Serge Gainsbourg

En 1947, il rencontre Élisabeth Levitsky, fille d’aristocrates russes. Ils s’aiment à la folie, et Élisabeth devient sa compagne jusqu’à leur mariage le 3 novembre 1951. Plus de quarante ans plus tard, en 1992, un an après la mort de Serge Gainsbourg, les lecteurs de Globe hebdo, lisent avec un grand intérêt l’interview accordée par Lise Levitsky, premier amour de Lulu Ginzburg : « Pour comprendre l’atmosphère de nos années de bohème, il faut se rappeler la voix de Brigitte Bardot dans la chanson de Lulu, Bonnie and Clyde, lorsqu’elle articule d’une voix traînante la phrase : “s’ins/taller tran/quille dans un meu/blé…” Cette expression est comique dans la chanson d’une aventurière américaine chic.

Ce qu’on appelait un “meublé”, c’étaient ces hôtels où les chambres vaguement aménagées pour permettre des séjours de plus ou moins longue durée. Un jour, Lulu a sursauté devant un passage d’un de ses livres fétiches, Bel Ami de Guy de Maupassant, et il a commenté tout de suite très excité, avec des gestes, en parcourant la pièce : “Tu vois ! Voilà ! C’est moi ! Il faut que j’en sorte !…” Ça le choquait, le coup de la “misère honteuse”, mais en même temps je savais bien qu’il était plus flatté encore de se retrouver dans un bouquin de Maupassant. C’était tout lui, ça.

[…]

Ce qu’il voulait c’était devenir aristocrate et qu’on puisse dire après lui : “On ne naît pas aristocrate, on le devient”. Les gens comme lui, ce sont les vrais artistes, ils sont “art-istocrates”.

J’étais noble par le sang, et il l’est par le rang : un rang qu’il s’est créé tout seul. Je sais maintenant que j’ai désiré passionnément ne plus être noble, que j’ai passé ma vie à fuir mon sang. Le sang bleu me donnait des bleus à l’âme. La noblesse était ma prison. J’ai voulu me libérer. J’ai réussi grâce à Lulu. Merci à lui.

[…]

Nous nous sommes rencontrés. Chacun des deux a eu le coup de foudre. Pour moi, un Juif doué, intelligent, artiste, c’était exactement ce que ma famille et mon milieu, ma “race” raciste détestait le plus. C’était donc ce qui allait le mieux et le plus vite m’en libérer. Et lui, il lui fallait une princesse russe, il l’avait décidé. Les sentiments sont venus après.

Les grands sentiments… Quel sentimental ! Un champion de l’âme russe. L’âme russe multipliée par la nostalgie juive. »

La vie du couple est interrompue par le service militaire. À la caserne, il apprend la guitare, fait rire ses copains et développe un tempérament solitaire et mélancolique. À son retour, il trouve un emploi d’éducateur pour les enfants juifs. Pédagogue né, il s’entend merveilleusement bien avec ces enfants et leur fait découvrir le dessin et la peinture. « À cet âge, ils n’ont pas de préjugés. C’est après que ça se gâte… », disait-il. Là-bas, il compose ses premières chansons qu’il interprète à la guitare. Il gagne sa vie en tant que pianiste et guitariste dans les bals et cabarets. Son père lui trouve une place de pianiste-guitariste dans un cabaret de la rive droite de Paris, Milord l’Arsouille, où il accompagne la chanteuse Michèle Arnaud. C’est dans ce cabaret qu’il voit chanter un soir Boris Vian…



1 Le rot est l’émission de gaz de l’estomac par la bouche, le pet est l’émission de gaz intestinaux par l’anus. Par cet aphorisme, avec sa provocation habituelle, Gainsbourg critique ironiquement les manières affectées des bourgeois.


fra.1september.ru

 

 

 

 

 

Elisabeth Levitsky par Lucien Ginsburg par LucienGrix
Septembre 1950 (22 ans). Lucien Ginsburg (Serge Gainsbourg) vivant très difficilement de la peinture, trouve grâce à Jacob Pakciarz, un travail de moniteur à la Maison des Réfugiés Israëlites (Foyer pour orphelins), 6 avenue de la République à Mesnil le Roi (aujourd'hui Maison de retraite). Cet établissement dirigé par le charismatique Serge Pludermacher (à qui l'on doit peut être une partie du pseudonyme de Gainsbourg).
Lucien s'occupe d'une trentaine d'enfants âgés de 6 à 13 ans dont les parents sont morts en déportation. Il est surveillant, professeur de dessin. Les soirs de veillées, il fait des tours de magie et compose ses premières chansons. Parmi elles : "Lolita", écrite pour la femme de ménage, "Robinson Crusoé", "Lili" ou "Mettre le verbe avant le complément". Il offre également quelques toiles et esquisses à son entourage : "La Seine à Mesnil le Roi", "Portrait de Gérard" à Gert Alexander (dit Mäneken, Mickey), ainsi qu'un portrait au fils du directeur, Georges Pludermacher (aujourd'hui pianiste). 
Dans son entourage on trouve également parmis les enfants, Albert Hirsch (aujourd'hui sculpteur), Claude Zylberberg, sa sœur Huguette Attelan; les adultes Jean Cizaletti (psychologue), Isaac Dobrinsky (peintre), Edmond Rosenfeld (pianiste), Olga Goldenstein (professeur de piano), Gert Alexander (également caché près de Limoges durant la guerre) ou bien Frida Wilensky (professeur de chant, piano) que Lucien remplacera à son départ, prenant la direction de la Chorale d'enfant à qui il apprendra "L'Amour de moi".
Il est nourrit et logé avec Elisabeth qui elle, travaille sur Paris. Ils se marieront le 3 Novembre 1951 et quitteront les lieux en juin 1952.

 

L'hippopodame

C'est un rubens
C'est une hippopodame
Avec un D
Comme dans marshmallow
Et si j'en pince
Pour c't'hippopodame
C'est qu'avec elle j'ai des prix de gros

Ah quel suspens
Sur mon hippopodame
Avec un D
Comme dans vas-y mollo
Les ressorts grincent
Sous l'hippopodame
Même au-d'ssus je m'sens bien dans sa peau

C'est pas une mince
Affaire c't'hippopodame
Avec un D
Comme dans gigolo
Lorsqu'elle me coince
Mon hippopodame
Entre ses deux groseilles à maquereaux

Puis elle se rince
Vite fait l'hippopodame
Avec un D
Comme dans lavabo
Elle redevient princ-
Esse hippopodame
Elle me refile mon petit cadeau

C'est un rubens
C'est une hippopodame
Avec un D
Comme dans marshmallow
Et si j'en pince
Pour c't'hippopodame,
C'est qu'avec elle j'ai des prix de gros
Serge Gainsbourg
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Elisabeth Levitsky, la première épouse de Gainsbourg, parle

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