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Publié par Moicani - L'Odéonie

Bijoux de famille

La scène de torture avait lieu sous une cloche de verre
comme pour protéger une pendule de luxe.
Je m'attendais presque à entendre un carillon
quand on referma les pinces
et que le corps tressaillit
plongea dans le calme de l'évanouissement.
Tous étaient petits avec des joues roses
et si j'avais pu entendre
un cri de triomphe ou de douleur
il aurait été aussi petit
que la bouche qui l'avait émis
ou la note unique d'une boîte à musique.
La cloche du drame était montée
comme une gigantesque perle baroque
sur un anneau de mariage,
une broche ou un médaillon.
Je sais, tu te sens nue, petite chérie.
Je sais, tu détestes vivre à la campagne
et tu attends chaque semaine et chaque mois
l'arrivée des magasins brillants.
Fouille une nouvelle fois la maison de ta grand-mère.
Un bijou de famille est caché dedans.

 

Ce que je fais ici

Je ne sais si le monde a menti
Moi j'ai menti
Je ne sais pas si le monde a conspiré contre l'amour
Moi j'ai conspiré contre l'amour
L'atmosphère de la torture n'est pas agréable
Moi j'ai torturé
Même sans le nuage champignon
J'aurais quand même haï
Ecoutez
J'aurais fait les mêmes choses
même si la mort n'avait pas existé
Je ne veux pas qu'on me tienne
comme un ivrogne
sous le robinet glacé des faits
Je refuse l'alibi universel

Comme une cabine téléphonique vide
qu'on a vue la nuit et dont on se souvient
Comme les miroirs d'un hall de cinéma
qu'on ne regarde qu'à la sortie
Comme une nymphomane qui réunit
des milliers d'amants
dans une étrange fraternité
j'attends
De chacun de vous un aveu

 

En entendant un nom qu'on ne prononce plus

Ecoute les histoires
contées sur l'an dernier
qui semblent être d'ailleurs
bien qu'ici elles soient nées

Ecoute un nom
si intime qu'il est brûlant
Ecoute le dit à haute voix
et apprends apprends

L'histoire est une aiguille
pour endormir les hommes
trempée dans le poison
de ce qu'ils veulent garder

Le nom qui t'a sauvé
a un goût étranger
exige un corps étranger
gelé dans les rebuts de l'an dernier

Et ce qui vit s'attarde
près des monuments érigés
et rend son dernier souffle
en lettres dorées

Ce sont des cris de maturité étouffée
sur mes genoux cinglés
Je suis avec la neige
dans les mers tombée

Je suis avec les chasseurs
affamés et rusés
et avec le gibier
vif tendre et dénudé

Je suis avec les maisons
par la pluie emportées
sans laisser la dent d'un pilier
sous le râteau les rassembler

Que les hommes gardent les noms
griffent les vents qui soufflent
écoutent les histoires
mais ce que tu sais tu le sais

Et savoir suffit
pour de telles montagnes
où rien ne demeure
maisons arbres ou murs

 

L'invisible tourment

Trop fiévreux pour affirmer :
"Mon univers est terreur",
il cache son poignet
et le matricule de la guerre.

Son bras n'est pas brûlé,
sa chair est entière :
le matricule il le connaît
d'après une bobine de film.

Il cache son poignet
sous la table.
Les ivrognes n'ont pas remarqué
son invisible tourment.

Une musique s'est élevée.
Il a la peau blême !
Sa tasse, il ne peut la lever
il ne peut pas ! Il ne peut pas !

Le choeur s'est renforcé.
Ainsi que son silence.
Il n'y a rien, il le sait
rien à remarquer.


Hitler

Maintenant qu'il aille dormir avec l'histoire,
le vrai squelette puant l'essence,
accompagné de ses séides branquignoles :
qu'ils dorment parmi nos précieux coquelicots.

Les chefs SS s'éveillent dans nos esprits
où ils commencèrent avant que nous leur fassions expier
vers ce royaume véritable et vide que nous peuplons
des ombres qui troublent notre paix intérieure.

Pendant quelque temps nous résistons aux voitures noir-argent
qui défilent lentement dans nos têtes.
Nous bourrons les micros de paquets de vieilles fleurs
arrachées à un lit qui bientôt s'épuise.

Peu importe. Ils deviennent coquelicots
près des tombes et des bibliothèques du monde réel.
Le grand dessein du guide, l'inclinaison de son menton
semblent extraordinairement familiers à nos esprits en paix.

 

L'opium et Hitler

Diverses croyances
l'obligent à bondir -
l'opium et Hitler
le laissent dormir.

Une négresse avec
du tempérament
l'aida à penser
qu'il n'était pas blanc.

L'opium et Hitler
lui ont laissé croire
un monde de verre.
C'était sans espoir

pour un cas
comme le sien désespéré :
apparu
sur un baiser empoisonné.

Une fois un rêve
cloua dans le ciel,
au plus haut
de l'été, le soleil.

Il voulait un bandeau
de peau pour ses yeux
il voulait que le jour
soit en son milieu.

Violée la loi -
plus rien de tenait.
Un monde de poix,
le sien à façonner.

Non ! Il tâtonna
pour sa dose d'histoire.
le soleil se détacha,
sa femme vint le voir.

Leurs corps se cherchaient
sans que la nuit ne passe
le Guide entamait
un discours sur les races.


 

Tout ce qu'il faut savoir sur Adolph Eichmann

Yeux : ...................................................... Moyens
Cheveux : ................................................... Moyens
Poids : ...................................................... Moyen
Taille : ................................................... Moyenne
Signes particuliers : ........................................ Néant
Nombre de doigts : ............................................. Dix
Nombre d'orteils : ............................................. Dix
Intelligence : ............................................. Moyenne

Qu'attendiez-vous ?
Des griffes ?
Des incisives démesurées ?
De la salive verte ?

La folie ?

 

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