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Publié par Moicani - L'Odéonie



NE LE 18 MARS 1842 A PARIS, MORT LE 9 SEPTEMBRE 1898











 




 

Mes bouquins refermés...

Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos 
Il m’amuse d’élire avec le seul génie 
Une ruine, par mille écumes bénie 
Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.

Coure le froid avec ses silences de faulx, 
Je n’y hululerai pas de vide nénie 
Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie 
À tout site l’honneur du paysage faux.

Ma faim qui d’aucuns fruits ici ne se régale 
Trouve dans leur docte manque une saveur égale : 
Qu’un éclate de chair humain et parfumant !

Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne, 
Je pense plus longtemps peut-être éperdument 
À l’autre, au sein brûlé d’une antique amazone.



http://www.mallarme.net/

AUGUSTE RENOIR ET STEPHANE MALLARME

PHOTOGRAPHIES PAR EDGAR DEGAS

 

LE PHÉNOMÈNE FUTUR
Stéphane MALLARMÉ
première parution : 20 décembre 1875

Un ciel pâle, sur le monde qui finit de décrépitude, va peut-être partir avec les nuages : les lambeaux de la pourpre usée des couchants déteignent dans une rivière dormant à l’horizon submergé de rayons et d’eau. Les arbres s’ennuient et, sous leur feuillage blanchi (de la poussière du temps plutôt que celle des chemins), monte la maison en toile du Montreur de choses Passées : maint réverbère attend le crépuscule et ravive les visages d’une malheureuse foule, vaincue par la maladie immortelle et le péché des siècles, d’hommes près de leurs chétives complices enceintes des fruits misérables avec lesquels périra la, terre. Dans le silence inquiet de tous les yeux suppliant là-bas le soleil qui, sous l’eau, s’enfonce avec le désespoir d’un cri, voici le simple boniment : « Nulle enseigne ne vous régale du spectacle intérieur, car il n’est pas maintenant un peintre capable d’en donner une ombre triste. J’apporte, vivante (et préservée à travers les ans par la science souveraine) une Femme d’autrefois. Quelque folie, originelle et naïve, une extase d’or, je ne sais quoi ! par elle nommé sa chevelure, se ploie avec la grâce des étoffes autour d’un visage qu’éclaire la nudité sanglante de ses lèvres. A la place du vêtement vain, elle a un corps ; et les yeux, semblables aux pierres rares, ne valent pas ce regard qui sort de sa chair heureuse : des seins levés comme s’ils étaient pleins d’un lait éternel, la pointe vers le ciel, aux jambes lisses qui gardent le sel de la mer première. » Se rappelant leurs pauvres épouses, chauves, morbides et pleines d’horreur, les maris se pressent : elles aussi par curiosité, mélancoliques, veulent voir.

Quand tous auront contemplé la noble créature, vestige de quelque époque déjà maudite, les uns indifférents, car ils n’auront pas eu la force de comprendre, mais d’autres navrés et la paupière humide de larmes résignées se regarderont ; tandis que les poëtes de ces temps, sentant se rallumer lers yeux éteints, s’achemineront vers leur lampe, le cerveau ivre un instant d’une gloire confuse, hantés du Rythme et dans l’oubli d’exister à une époque qui survit à la beauté.

 

http://mallarme.direz.fr/

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