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Publié par Moicani




Tes amants et maîtresses



À Janine



On n’inscrit pas d’initiales à la craie
dans la forêt blanche de l’amour.
Un éternel faucheur efface les tableaux noirs des calculateurs
ville de gélatine complaisante aux araignées tu trembles à ma voix
La fumée tient une grande place dans ma vie.
Et quelque tigre féroce a décalqué
sur ma poitrine le reflet de ses yeux jaunes.
Une enceinte de tabac et d’iris
Voilà la forteresse
du tribunal de la
rivière où voltigent
cent poissons.



Fichier:Robert Desnos.jpg


Porte du second infini



À Antonin Artaud



L’encrier périscope me guette au tournant
mon porte-plume rentre dans sa coquille
La feuille de papier déploie ses grandes ailes blanches
Avant peu ses deux serres
m’arracheront les yeux
Je verrai que du feu mon corps
feu mon corps !
Vous eûtes l’occasion de le voir en grand appareil
le jour de tous les ridicules
Les femmes mirent leurs bijoux dans leur bouche
comme Démosthène
Mais je suis inventeur d’un téléphone de
verre de Bohême et de
tabac anglais
en relation directe
avec la peur !




Rêves


Revue Littérature, 1er octobre 1922



En 1916

« Je suis transformé en chiffre. Je tombe dans un puits qui est en même temps une feuille de papier, en passant équation à une autre avec le désespoir de m’éloigner de plus en plus de la lumière du jour et paysage qui est le château de Ferrières (Seine-et-Marne) vu de la voie du chemin de fer de l’est. »

Durant 1918-1919

« Je suis couché et me vois tel que je suis en réalité. L’électricité est allumée. La porte de mon armoire à glace s’ouvre d’elle-même. Je vois les livres qu’elle renferme. Sur un rayon se trouve un coupe-papier de cuivre (il y est aussi dans la réalité) ayant la forme d’un yatagan. Il se dresse sur l’extrêmité de la lame, reste en équilibre instable durant un instant puis se recouche lentement sur le rayon. La porte se referme. L’électricité s’éteint. »

En août 1922

« Je suis couché et me vois tel que je suis en réalité. André Breton entre dans ma chambre, le Journal officiel à la main. “Cher ami, me dit-il, j’ai le plaisir de vous annoncer votre promotion au grade de sergent-major”, puis il fait demi-tour et s’en va. »



1187288268.jpg



À Benjamin Péret
Prospectus Robert Desnos

« Si tu chantes La Marseillaise »
Si tu chantes La Marseillaise


Si tu chantes La Marseillaise
pourquoi faut-il qu’il te déplaise
de la chanter sur l’air de complainte sensible
de tel petit navire au mousse comestible.

Calligraphie les factures
et vérifie les additions,
tu marieras des rimes après la fermeture
et des alexandrins pendant tes ablutions

Métro — chemin de fer de ceinture.
Faits divers – table de nuit —
Bougie — réveil matin —
Une fois par mois cinq francs aux putains —
chaque soir à sept heures le potage attendu —

LES MANUSCRITS NON INSERES NE SERONT PAS RENDUS








Corps et biens Robert Desnos

Le Fard des Argonautes
1919
Le Fard des Argonautes



Les putains de Marseille ont des sœurs océanes
Dont les baisers malsains moisiront votre chair.
Dans leur taverne basse un orchestre tzigane
Fait valser les péris au bruit lourd de la mer.

Navigateurs chantant des refrains nostalgiques,
Partis sur la galère ou sur le noir vapeur,
Espérez-vous d’un sistre ou d’un violon magique
Charmer les matelots trop enclins à la peur ?

La légende sommeille altière et surannée
Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône
Des Argonautes qui voilà bien des années
Partirent conquérir l’orientale toison.

Sur vos tombes naîtront les sournois champignons
Que louangera Néron dans une orgie claudienne
Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons
Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.

Partez ! harpe éolienne gémit la tempête...

Chaque fois qu’une vague épuisée éperdue
Se pâmait sur le ventre arrondi de l’esquif
Castor baisait Pollux chastement attentif
À l’appel des alcyons amoureux dans la nue.

Ils avaient pour rameur un alcide des foires
Qui depuis quarante ans traînait son caleçon
De défaites payées en faciles victoires
Sur des nabots ventrus ou sur de blancs oisons.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Une à une agonie harmonieuse et multiple
Les vagues sont venues mourir contre la proue.
Les cygnes languissants ont fui les requins bleus
La fortune est passée très vite sur sa roue.
 
Les cygnes languissants ont fui les requins bleus
Et les perroquets verts ont crié dans les cieux.
 
— Et mort le chant d’Éole et de l’onde limpide
Lors nous te chanterons sur la Lyre ô Colchide.
 
Un demi-siècle avant une vieille sorcière
Avait égorgé là son bouc bi-centenaire.
En restait la toison pouilleuse et déchirée
Pourrie par le vent pur et mouillée par la mer.
 
— Médée tu charmeras ce dragon venimeux
Et nous tiendrons le rang de ton bouc amoureux
Pour voir pâmer tes yeux dans ton masque sénile ;
Ô ! tes reins épineux ô ton sexe stérile,

Ils partirent un soir semé des lys lunaires.
Leurs estomacs outrés teintaient tels des grelots.
Ils berçaient de chansons obscènes leur colère
De rut inassouvi en paillards matelots...

Les devins aux bonnets pointus semés de lunes
Clamaient aux rois en vain l’oracle ésotérique
Et la mer pour rançon des douteuses fortunes
Se paraît des joyaux des tyrans érotiques.

— Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes
Et les femmes voudront s’accoupler avec nous
Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête
Et les hommes voudront nous baiser les genoux.

Ah ! la jonque est chinoise et grecque la trirème
Mais la vague est la même a l’orient comme au nord
Et le vent colporteur des horizons extrêmes
Regarde peu la voile où s’asseoit son essor.

Ils avaient pour esquif une vieille gabarre
Dont le bois merveilleux énonçait des oracles.
Pour y entrer la mer ne trouvait pas d’obstacle
Premier monta Jason s’assit et tint la barre.

Mais Orphée sur la lyre attestait les augures;
Corneilles et corbeaux hurlant rauque leur peine
De l’ombre de leur vol rayaient les sarcophages
Endormis au lointain de l’Égypte sereine.

J’endormirai pour vous le dragon vulgivague
Pour prendre la toison du bouc licornéen.
J’ai gardé de jadis une fleur d’oranger
Et mon doigt portera l’hyménéenne bague.

Mais la seule toison traînée par un quadrige
Servait de paillasson dans les cieux impudiques
A des cyclopes nus couleur de prune et de cerise
Hors nul d’entre eux ,ne vit le symbole ironique.

— Oh ! les flots choqueront des arètes humaines
Les tibias des titans sont des ocarinas
Dans l’orphéon joyeux des stridentes sirènes
Mais nous mangerons l’or des juteux ananas.

Car nous incarnerons nos rêves mirifiques
Qu’importe que Phœbus se plonge sous les flots
Des rythmes vont surgir ô Vénus Atlantique
De la mer pour chanter la gloire des héros.
 
Ils mangèrent chacun deux biscuits moisissants
Et l’un d’eux psalmodia des chansons de Calabre
Qui suscitent la nuit les blêmes revenants
Et la danse macabre aux danseurs doux et glabres.

Ils revinrent chantant des hymnes obsolètes
Les femmes entr’ouvrant l’aisselle savoureuse
Sur la toison d’or clair s’offraient à leur conquête
Les maris présentaient de tremblantes requêtes
Et les enfants baisaient leurs sandales poudreuses.

— Nous vous ferons pareils au vieil Israélite
Qui menait sa nation par les mers spleenétiques
Et les Juifs qui verront vos cornes symboliques
Citant Genèse et Décalogue et Pentateuque
Viendront vous demander le sens secret des rites.

Alors sans gouvernail sans rameurs et sans voiles
La nef Argo partit au fil des aventures
Vers la toison lointaine et chaude dont les poils
Traînaient sur l’horizon linéaire et roussi.

— Va-t-en, va-t-en, va-t-en qu’un peuple ne t’entraîne
Qui voudrait le goujat, fellateur clandestin
Au phallus de la vie collant sa bouche blême
Fût-ce de jours honteux prolonger son destin !


 




XII. Possession du rêve



Il y avait grande foule, et foule élégante, ce jour-là sur la plage de Nice. Les habitants des villes plus élégantes de la côte, Cannes, par exemple, s’étaient rendus nombreux dans la cité cosmopolite. C’est qu’un mystère l’entourait désormais depuis l’arrivée d’un énigmatique et fastueux voyageur. Celui-ci avait loué une villa à Cimiez et dès lors les fêtes se succédaient sans arrêt, provoquées par lui, et fastueuses. Un jour, il avait jonché la promenade des Anglais d’une multitude de camélias et d’anémones auxquelles se mêlaient des algues rares recueillies à grands frais dans les profondes fosses des mers équatoriales et des arbres entiers de corail blanc, une autre fois il avait distribué par millier des pièces étranges d’une monnaie d’or inconnue, à l’avers de laquelle un signe inquiétant était gravé; au revers de laquelle resplendissait le chiffre 43 que nul n’avait pu expliquer.

Il s’agissait cette fois d’une fête dite la pêche miraculeuse. Des barques magnifiques peintes en blanc devaient emmener les invités non loin de la côte à des points déterminés à l’avance et là, chacun jetant son filet, devait pêcher un butin étonnant soigneusement déterminé par l’énigmatique nabab.

Il y avait là, sur le sable chaud et sur les galets luisants, la duchesse de Pavie et celle de Polynésie, les princes royaux de Suède, de Norvège, de Roumanie et d’Albanie, de nombreux comtes, marquis, vicomtes, barons et les représentants les plus en vue de cette aristocratie roturière, noblesse d’industrie ou d’art qui, en France, est mêlée si intimement à l’autre, cette noblesse historique dont les représentants ont tant de mal à lutter, pour le faste, avec les princes de la métallurgie et les rois de la finance.

Et l’organisateur de la fête quel était-il ? Nul ne l’avait jamais vu. Maharadjah assuraient les uns, banquier d’Amérique prétendaient les autres, mais nul n’aurait pu prouver ses dires. Chacun suivait ses rêves et donnait au mystère l’explication romanesque qui le séduisait. La villa de Cimiez était soigneusement fermée à toute visite. Pour éviter les indiscrétions, les domestiques malgaches qui composaient la suite du riche excentrique avaient dévoilé que des fils électriques à haute tension tendus au sommet du mur et au travers du parc formaient un infranchissable réseau où les imprudents se seraient pris comme des mouches dans une toile d’araignée. Mais l’audacieux assez favorisé par la chance pour pénétrer dans la villa aurait vu un jeune homme masqué donner au matin de ce jour de fête ses dernières instructions. Des esclaves malaises nues et chargées de bijoux, des négrillons nus aussi et porteurs de poissons rares, des coffrets remplis d’ambre ou de diamants ou de perles, des vestiges précieux des civilisations passées devaient être secrètement conduits dans quatre-vingts cloches à plongeurs placées à l’endroit où les barques s’amarreraient. Au moment où les filets seraient jetés, ceux-ci seraient immédiatement remplis les uns de femmes les autres de nègres, les autres de joyaux, constituant les présents magnifiques destinés aux invités. Les scaphandriers qui devaient surveiller l’opération étaient réunis autour du seigneur X., comme on l’appelait sur toute la côte où ses exploits émerveillaient la population. Sur son ordre, ils avaient revêtu leur costume, à l’exception du casque. Et c’était un spectacle peu banal que celui de cet élégant dandy au masque noir parlant devant ces hommes au costume baroque, aux visages énergiques.

Revenons cependant à la fête qui se préparait sur la plage. En cherchant bien parmi la foule richement habillée, nous découvrons Louise Lame, la chanteuse de music-hall, quelques membres du club des Buveurs de Sperme.

L’atmosphère était troublante. Sous le soleil tiède, ces hommes, les uns admis là par privilège de race ou de fortune, malgré leur bêtise évidente, les autres par réputation d’esprit mais d’une bêtise non moins réelle sinon visible, faisaient davantage ressortir le charme de ces jolies femmes aux corps admirables, aux yeux émouvants, aux toilettes surprenantes et luxueuses.

Trois orchestres jouaient sur la digue, faisant alterner les airs hawaiiens avec les blues et les rag-time. Mais nul ne savait que l’homme fortuné qui les recevait était parmi eux. Corsaire Sanglot, sous les apparences d’un jeune clubman, se promenait de groupe en groupe salué par ceux-là qui l’avaient rencontré à quelque fête, parlant à ceux-ci, voisin de table de jeux ou compagnon accidentel de golfe.

Enfin, les barques approchèrent de la plage. De robustes marins, le pantalon retroussé, portèrent les pêcheurs à bord de leurs embarcations. Celles-ci peintes de couleurs vives, fleuries, laissaient doucement ronronner leur moteur. Des noms charmants étaient peints à l’arrière : Le Zéphyr-Étoilé, La Chute-des-Léonides, La Mère-du-Sillage-Fatal, et d’autres. Un instant, les barques pleines restèrent immobiles puis, sur un commandement bref, elles se dirigèrent vers le large, traçant quatre-vingts sillages parallèles. Les toilettes claires des femmes s’épanouissaient sous le soleil. L’eau était transparente sur un sable uni où passait l’ombre des poissons effrayés.

La brise portait jusqu’aux embarcations la musique des orchestres. Une foule compacte, ceux qui n’avaient pas été invités, regardaient le spectacle du haut de la digue.

Cependant, les rires étaient nombreux parmi les pêcheurs de trésors. On s’interpellait d’une barque à l’autre, on trempait sa main dans l’eau, on fumait des cigarettes parfumées.

Les invités avertis se montraient du doigt deux gentlemen élégamment habillés, mais lourds d’allures : deux limiers de la Sûreté mêlés aux invités pour éviter tout vol, soit de la part des matelots malais qui dirigeaient les barques, soit d’un voleur attiré là par l’appât d’un riche et facile butin sur la personne de ces femmes frivoles, dans les poches de ces insouciants garçons.

Corsaire Sanglot, à l’arrière d’une des barques songeait, Louise Lame et la chanteuse de music-hall, serrées l’une contre l’autre, éprouvaient une angoisse inexplicable.

Brusquement, les moteurs cessèrent de gronder. On était arrivé à la pêcherie merveilleuse. Déjà, on lançait les filets quand à l’horizon apparut une raie d’écume blanche qui se rapprochait. On n’y prêta d’abord pas attention. Mais l’un des marins l’ayant observée s’écria soudain : « Les requins ! Les requins ! »

C’étaient eux en effet, ils approchaient par rapides coups de queue et, de la digue où tout Nice était groupé, un grand cri d’angoisse s’éleva. Les barques se mirent à fuir, mais les requins n’étaient pas loin. Brusquement, ils plongèrent. Un instant long et tragique puis les flots se colorèrent de rouge. C’était du sang. Puis quelqucs requins reparurent qui foncèrent sur les barques. C’est alors que le Corsaire Sanglot...

Thomas l’imposteur



Dans Un cadavre
pamphlet collectif contre
André Breton, 1930


Les hommes de l’avenir, si le cœur leur dit encore de faire tourner les tables, verront parfois se dresser, hors des reliefs de gâteaux, de sauces figées et de viandes faisandées, un fantôme visqueux qui dira :

Je puis vous dire honnêtement, aujourd’hui, de m’écouter.

Jadis j’ai menti, j’ai trompé mes amis, j’ai escroqué au sentiment, j’ai pratiqué le vol à l’esbroufe de l’affection et de l’estime.

Vous avez déjà deviné que j’étais André Breton.

Je me suis repu de la viande des cadavres : Vaché, Rigaut et Nadja que je disais aimer. Crevel, sur la mort de qui je comptais bien pour me servir, m’a enterré de ses propres mains et a fienté, avec justice et tranquillité, sur ma charogne et ma mémoire.

Je haïssais la pédérastie car je n’étais qu’un gros truqueur.

Je me croyais Dieu.

En attendant de composer mon propre credo je dressais une nouvelle idole, celle de Lautréamont !

Mais il me foudroya lui-même et les jeunes hommes, révoltés contre la divinité, le remirent au noble rang des hommes et me fessèrent honteusement.

Je devenais gâteux. J’écrivais des phrases imbéciles comme celle-ci :

« Depuis lors Desnos grandement desservi dans ce domaine par les puissances mêmes qui l’avaient quelque temps soulevé et dont il paraît ignorer encore qu’elles étaient les puissances de ténèbres s’avisa malheureusement d’agir sur le plan réel où il n’était qu’un homme plus seul et plus pauvre qu’un autre comme ceux qui ont vu, je dis : vu ce que les autres craignent de voir et qui, plutôt qu’à vivre ce qui est sont condamnés à vivre ce qui "fut" et ce qui "sera". »

Au comble de la vanité, j’en arrivai à cracher sur le fantôme d’Edgar Poe sous un prétexte inventé.

Ce crachat retomba sur ma figure sous forme de pluie de feu. Je l’avais qualifié de policier et le policier c’était moi.

Je simulai tout : l’amour, la poésie, le goût de la révolution...

Je dispensais ma propre pourriture et mon meilleur ami, mon semblable, mon frère, j’ai dit Jean Cocteau, m’aidait à tout châtrer, à tout entraver, à tout stériliser. Je fis mine de me consacrer à l’occultisme : ce fut une belle rigolade chez les puissances de Ténèbres.

C’est pour cela que mon fantôme assume l’apparence d’un clown.

J’eus un ami sincère : Robert Desnos. Je le trompai. Je lui mentis, je lui donnai faussement ma parole d’honneur.

Fort de ma crapulerie j’eus l’audace de lui demander pardon. Car j’étais un jésuite de première force. Mais tant d’impudence me perdit et ce sincère mais orgueilleux ami m’abandonna et démasqua mon âme de limace.

Je vivais grassement cependant. La vente des tableaux alimentait l’écuelle à chien dans laquelle je prenais mes repas.

Voilà ce que dira le fantôme puant d’André Breton.

Et la dernière vanité de ce fantôme sera de puer éternellement parmi les puanteurs du paradis promis à la prochaine et sûre conversion du faisan André Breton.

Écrit à Paris avec la joie certaine d’accomplir une tâche indispensable.



Fortunes Robert Desnos

Complainte de Fantômas
1933
Complainte de Fantômas



1

Écoutez,... Faites silence...
La triste énumération
De tous les forfaits sans nom,
Des tortures, des violences
Toujours impunis, hélas !
Du criminel Fantômas.

2

Lady Beltham, sa maîtresse,
Le vit tuer son mari
Car il les avait surpris
Au milieu de leurs caresses.
Il coula le paquebot
Lancaster au fond des flots.

3

Cent personnes il assassine.
Mais Juve aidé de Fandor
Va lui faire subir son sort
Enfin sur la guillotine...
Mais un acteur, très bien grimé,
À sa place est exécuté.

4

Un phare dans la tempête
Croule, et les pauvres bateaux
font naufrage au fond de l’eau.
Mais surgissent quatre têtes :
Lady Beltham aux yeux d’or,
Fantômas, Juve et Fandor.

5

Le monstre avait une fille
Aussi Jolie qu’une fleur.
La douce Hélène au grand cœur
Ne tenait pas de sa famille,
Car elle sauva Fandor
Qu’était condamné à mort.

6

En consigne d’une gare
Un colis ensanglanté !
Un escroc est arrêté !
Qu’est devenu le cadavre ?
Le cadavre est bien vivant
C’est Fantômas, mes enfants !

7

Prisonnier dans une cloche
Sonnant un enterrement
Ainsi mourut son lieutenant.
Le sang de sa pauv' caboche
Avec saphirs et diamants
Pleuvait sur les assistants.

8

Un beau jour des fontaines
Soudain chantèr'nt à Paris.
Le monde était surpris,
Ignorant que ces sirènes
De la Concorde enfermaient
Un roi captif qui pleurait.

9

Certain secret d’importance
Allait être dit au tzar.
Fantômas, lui, le reçut car
Ayant pris sa ressemblance
Il remplaçait l’empereur
Quand Juv’ l’arrêta sans peur.

10

Il fit tuer par la Toulouche,
Vieillarde aux yeux dégoûtants,
Un Anglais à grands coups de dents
Et le sang remplit sa bouche.
Puis il cacha un trésor
Dans les entrailles du mort.

11

Cette grande catastrophe
De l’autobus qui rentra
Dans la banque qu’on pilla
Dont on éventra les coffres...
Vous vous souvenez de ça?...
Ce fut lui qui l’agença.

12

La peste en épidémie
Ravage un grand paquebot
Tout seul au milieu des flots.
Quel spectacle de folie !
Agonies et morts hélas !
Qui a fait ca ? Fantômas.

13

Il tua un cocher de fiacre
Au siège il le ficela
Et roulant cahin-caha,
Malgré les clients qui sacrent,
Il ne s’arrêtait jamais
L’fiacre qu’un mort conduisait.

14

Méfiez-vous des roses noires,
Il en sort une langueur
Épuisante et l’on en meurt.
C’est une bien sombre histoire
Encore un triste forfait
De Fantômas en effet !

15

Il assassina la mère
De l’héroïque Fandor.
Quelle injustice du sort,
Douleur poignante et amère...
Il n’avait donc pas de cœur,
Cet infâme malfaiteur !

16

Du Dôme des Invalides
On volait l’or chaque nuit.
Qui c’était ? mais c’était lui,
L’auteur de ce plan cupide.
User aussi mal son temps
Quand on est intelligent !

17

À la Reine de Hollande
Même, il osa s’attaquer.
Juve le fit prisonnier
Ainsi que toute sa bande.
Mais il échappa pourtant
À un juste châtiment.

18

Pour effacer sa trace
Il se fit tailler des gants
Dans la peau d’un trophée sanglant,
Dans d’la peau de mains d’cadavre
Et c’était ce mort qu’accusaient
Les empreintes qu’on trouvait.

19

À Valmondois un fantôme
Sur la rivière marchait.
En vain Juve le cherchait.
Effrayant vieillards et mômes,
C’était Fantômas qui fuyait
Après l’coup qu’il avait fait.

20

La police d’Angleterre
Par lui fut mystifiée.
Mais, à la fin, arrêté,
Fut pendu et mis en terre.
Devinez qui arriva :
Le bandit en réchappa.

21

Dans la nuit sinistre et sombre,
À travers la Tour Eiffel,
Juv’ poursuit le criminel.
En vain guette-t-il son ombre.
Faisant un suprême effort
Fantômas échappe encor.

22

D’vant le casino d’Monte-Carlo
Un cuirassé évoluait.
Son commandant qui perdait
Voulait bombarder la rade.
Fantômas, c’est évident,
Était donc ce commandant.

23

Dans la mer un bateau sombre
Avec Fantômas à bord,
Hélène Juve et Fandor
Et des passagers sans nombre.
On ne sait s’ils sont tous morts,
Nul n’a retrouvé leurs corps.

24

Ceux de sa bande, Beaumôme,
Bec de Gaz et le Bedeau,
Le rempart du Montparno,
Ont fait trembler Paris, Rome
Et Londres par leurs exploits.
Se sont-ils soumis aux lois ?

25

Pour ceux du peuple et du monde,
J’ai écrit cette chanson
Sur Fantômas, dont le nom
Fait tout trembler à la ronde.
Maintenant, vivez longtemps,
Je le souhaite en partant.

FINAL

Allongeant son ombre immense
Sur le monde et sur Paris,
Quel est ce spectre aux yeux gris
Qui surgit dans le silence ?
Fantômas, serait-ce toi
Qui te dresses sur les toits ?








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