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Publié par Moicani

Pièce de théâtre créée à l’Atelier Continu à Montréal en octobre 1984. Comporte deux tableaux, « La Dette » et « L’Arche », et compte cinq personnages : Alice Toklas, Gertrude Stein, Natalie Barney, Renée Vivien, Ernest Hemingway. Pour bien comprendre le contexte historique et qui sont ces personnages, l’auteure offre pour chacun, de la page 117 à 133, une courte biographie.

L’action se déroule dans un Salon littéraire à Paris, à l’automne de 1939, juste avant l’invasion de la Pologne par les armées de Hitler.
Natalie a donné rendez-vous à ses amies. Et voilà qu’arrive à l’improviste, Ernest Hemingway. Ces quelques éléments de réalité donnent une base, un cadre à partir duquel Jovette Marchessault célèbre la parole, l’écriture, la lecture, dénonce la condition de la femme, les injustices flagrantes envers les femmes lesbiennes particulièrement, les abus de pouvoir de certains hommes


Extrait:

ALICE: Une ra-di-ca-le! Dans notre Salon, nous avions décidé que Baby converserait avec les génies et moi, avec les épouses des génies : Madame Matisse, Madame Braque, Madame Gris, Madame Picasso, Madame Sherwook Anderson, Madame Fitzgerald, Madame Hemingway, etc... Il m’arrivait de converser avec LES GÉNIES EUX-MÊMES... mais c’était beaucoup moins intéressant. Toutes sortes de génies venaient nous visiter. Ils avaient tous des épouses ! Tous ! C’est ainsi.

GERTRUDE: Lovey, oh, Lovey, décrit-nous la femme du génie... Alice se fait prier. S’il te plaît, Lovey...

ALICE, visiblement ravie: Puisque vous insistez...
En vérité, en vérité, l’épouse du génie est l’héritière, oh combien privilégiée, d’une mission sacrée. Et délicate.
Il est entendu que toute postulante à cette haute et noble tâche sera assez perspicace pour saisir qu’elle devra, sans relâche, se hausser, se hisser, jusqu'à la supériorité - hélas pas toujours évidente au commun des mortels - du génie, sous-génie éventuel dont elle porte momentanément le nom. Momentanément car le cocufiage, la torture mentale, la cruauté physique et autres rites touchants de la vie à deux atteignent un paroxisme dans les ménages des génies, sous-génies, génies éventuels.
(...) Toute postulante devra s’appliquer, sans faillir, à dissimuler aux yeux de tous, les égarements, radotages et autres légers ridicules de son génie avec une habileté... que je qualifierais de gracieuse.
Tâche toutefois ingrate, car l’épouse du génie, elle, n’inspire rien à son mari. Même pas une dédicace !

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