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Publié par Moicani

 

La Gazette des Amis des Livres Novembre 1938

 

 

Je devrais continuer mes réflexions sur l’élite, mais la reprise des persécutions contre les juifs en Allemagne me bouleverse à tel point que cela m’est impossible. J’ai bien des fois pensé à la question juive ces dernières années. Depuis le début de l’antisémitisme allemand, je m’efforce de comprendre et de voir clair.

Je vais tacher de vous livrer mes réflexions à ce sujet.

Et d’abord, je dois dire que j’aime l’Allemagne. Il m’a été facile de la saluer, dès qu’elle y a tenu, du nom de la Grande Allemagne. L’Europe lui doit quelques-uns de ses plus beaux génies ; il semble qu’il lui ait été  réservé d’atteindre des sommets de la philosophie et de la musique ; Bach, Goethe, Kant, Hegel, Beethoven, Wagner, Nietzsche font partie de notre substance, ils sont nous-même ; ils ont modelé je ne sais combien de faces de notre esprit et

ils ne cessent de pétrir la pâte humaine, de concert avec les autres génies.

Et j’aime le peuple allemand qui est brave, bonhomme, merveilleusement appliqué à sa tâche, comme s’il était toujours aidé par une foule de petits esprits familiers. La civilité allemande, qui nous semble parfois compassée, montre un respect de la personne attentif et touchant que je préfère souvent à notre désinvolture. Je ne veux pas dire qu’il nous faille les imiter- chaque peuple a son caractère et cette diversité réjouit l’âme : elle lui raconte sa vraie patrie.

Et l’allemand, en dépit de ce que certains prétendent, n’est pas plus menteur que nous ; il a sa manière d’être sincère qui n’est pas la nôtre ; nous restons fidèles à des principes sans nous soucier souvent de leur vieillissement ; il est naturel. Oui, comme la nature, il est simple et compliqué, immuable et changeant, mais il n’est jamais embarrassé pour se faire comprendre.

Quand il n’est pas poussé à bout de son naturel ( et dans ce cas, il fait du baroque, comme la nature quand elle a trop ou pas assez de matière ), il montre un certain bon sens, un bon sens assurément plus solide que le nôtre, parce qu’il le laisse dans son épaisseur, au lieu de faire comme nous qui raffinons, rabotons, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand chose.

Certes, personne ne peut douter de mon estime pour l’Allemagne. J’en ai donné, dans les deux derniers numéros de la Gazette, des preuves qui je le sais, ont choqué. Je suis de ceux qui voulaient la paix avec elle, même ) un très grand prix. Je suis de ceux que la paix a réjouis et ,’a pas humiliés- parce que la conscience humaine l’a emporté sur la conscience nationale.

Quel soulagement de n’entendre plus dire  que la guerre est sainte ou naturelle. Une guerre comme celle qui se préparait, comme toutes celles qui se feraient à présent, n’a rien de naturel. J’ai taché de raisonner la dessus en juillet dernier, mais je veux y revenir encore.

La nature, dès que la conscience s’allume en elle,  tend à l’économie. Elle n’opère de destruction aveugle que dans son règne élémentaire, alors qu’elle est vraiment aveugle. Elle ne fait bon marché de la vie que lorsque la vie ne coûte  à peu près rien : sur tels plans inférieurs où l’être passe presque insensiblement au non-être.

La guerre, et cela beaucoup l’on dit, n’est nullement assimilable à la sélection naturelle, puisqu’elle sacrifie ce qu’il y a de plus valeureux dans l’espèce.

Non, la guerre inhumaine, c’est une erreur particulièrement humaine : c’est les premiers pas de l’esprit qui ne  sait encore rien de ses lois et fait trébucher la matière.  C’est quelque chose comme les excitants et les stupéfiants, à la fois aspiration et paresse ou impuissance.

La guerre ne détruit pas ce qu’elle veut détruire. Après un temps les éléments qui gênaient, repoussent encore plus drus, plus hérissés, plus obstinément et obscurément eux-mêmes, c’est à dire en régression.

Les dictatures sont des produits de la guerre.

Nulle chose de ce monde ne peut être défaite tant qu’elle croit encore en elle même, tant que sa vertu n’est pas morte. Toute forme persiste tant qu’elle n’est pas transformée- par le pouvoir de l’amour.

La révolution se justifie mieux que la guerre, puisqu’elle ne veut attaquer que la lettre et qu’elle vise avant tout à la transformation. Elle agit en meilleure connaissance de cause. Ses démarches sont plus nettes ; ses dégâts sont choisis ; elle est apte à réparer.

Les formes sociales durcies et inertes provoquent et justifient la violence ; elles sont pareilles à des rocs qui ferment les routes et qu’il est parfois nécessaire de faire sauter.

Mais il est bien vrai que, même après la plus juste des révolutions, tout reste à faire. Rien ne demeure définitivement acquis que ce que l’esprit avait gagné avant que l’étendard sanglant fût levé, dans la paisible méditation où il ne luttait qu’avec soi.

Et pour tout acte mal conçu, mal commandé , tout acte prématuré, arbitraire, excessif, que de retours en arrière, que de réactions !

Par une certaine réflexion, on serait enté de conclure qu’il ne faut pas brusquer les choses, qu’elles évoluent naturellement et que l’évolution est la seule forme de révolution qui soit permanente, puisqu’elle ne cesse d’opérer des transformations et qu’elle ne revient pas en arrière.

Mais l’évolution humaine n’est pas une simple évolution naturelle. Si l’homme n’est pas hors la nature, il en représente un état infiniment complexe ; chacune des espèces animales ne va qu’en un sens, lui semble devoir aller dans tous les sens, il faut qu’il fasse toutes les expériences. Il est à la fois comme les plantes, comme les insectes, comme les fauves et comme les moutons, et aussi comme la mer et les nuages, comme les pierres, et quelquefois comme lui-même.

A vrai dire, il n’y a rien de plus fatiguant que d’être un homme ; à certaines époques, c’est à perdre la tête. Vous me croirez peut-être, mais aux moments difficiles de mon travail, tenez en ce moment même, je me dis : j’aimerais mieux la guerre, et que tout périsse, et que tout soit recommencé ! Mais sans doute, le monde reprendrait-il au point où nous l’avons laissé, bien beau s’il ne reprenait pas en arrière, et il faudrait repasser par les mêmes tourments , alors il n’y a qu’à continuer en poussant des han ! de bûcheron.

 

Han ! Nous parlions de l’Allemagne.

C’est à propos de son antisémitisme que s’est posé pour moi le problème de l’antisémitisme. Je n’y avais, je crois, jamais songé sérieusement avant. L’affaire Dreyfus, qui s’était passée lorsque j’étais petite fille ne m’avait pas troublée. Et pourtant au moment de l’affaire, mes parents habitaient place Saint-André-des-Arts et les étudiants passaient sous nos fenêtres en criant : «  conspuez Zola ! » Mon grand-père anti-dreyfusard, et mon dreyfusard, se disputaient à chaque repas ; je les voyais se dresser au dessus de la table, prêts à se jeter l’uns sur l’autre, et les femmes s’activer autour d’eux pour les rasseoir. Mais je n’avais que cinq ans, et j’étais tout le jour plongée dans la lecture ou la rêverie, à tel point que le monde extérieur ne comptait pas. Je suis sûre que notre amie Bryher aurait, au même age, pleinement participé à l’événement, elle qui avait si précocement le sens politique, ce que nous savons par son délicieux Paris 1900.

Plus tard, je n’entendis jamais parler de la question juive. Je lus, étant jeune fille, quelques romans de Gyp qui me parurent  écoeurants de bétise et qui, justement classèrent la question.

Quand je fondais ma librairie, en 1915, et que je fus, de ce fait, mise en rapport avec un public nombreux et divers, il m’advint d’entendre souvent avec des phrases de ce genre ( je cite les plus douces ) :  « c’est un juif », « il est bien juif celui-là», «  avec les juifs, ça va bien pendant un temps mais il arrive un jour ou l’autre, quelque chose qui cloche ». Ce dernier propos, émis par un de mes meilleurs amis, me frappa beaucoup. Je constatai, en effet, qu’avec les juifs, il se produisait toujours, à un moment donné, quelque chose de critiquable.

J’aurai tout aussi bien pu observer qu’il n’y avait pas un être qui ne s’offrît tôt ou tard à notre critique.

Les juifs sont victimes de la plus fortes des suggestions collectives. A la vérité, ils ne sont ni meilleurs, ni pires que les autres, mais ce qui vient d’eux est souligné, grossi, rendu responsable de tout le mal. Il semblent devoir perpétuellement remplir une fonction de bouc émissaire. Quelque chose en eux y prêtait-il ? Le rite du bouc émissaire fait partie de leurs antiques coutumes, mais il en fût ainsi pour beaucoup de peuples anciens. Le christianisme paraît avoir fixé le rôle en le dédoublant : d’une part, il y a le Christ qui rachète volontairement les péchés du monde, c’est le rédempteur, ce n’est plus le bouc émissaire, mais l’agneau. D’autre part, il y a le juif,  « bouc immonde », qu’on oblige à racheter les péchés du monde.

Je ne sais si le christ aurait été très satisfait de prévoir qu’il serait tenu responsable pour un rédempteur, et cloué pour toujours sur la croix par l’ignorance humaine. Il me semble qu’il désirait surtout apporter aux hommes un message de vérité, qu’il voulait les guérir de leurs fautes en faisant appel à toute leur énergie, il les secouaient tant qu’il pouvait, il ne cherchait pas à leur épargner la peine. Mais les hommes ont eu le dessus, à tous les points de vue ; si les saints prennent souci de revivre la passion de leur maître, le vulgaire adopte la croix comme un mythe commode qui le dispense de l’effort ; il se délivre du même coup de l’obsession du péché originel et de toute responsabilité ; comme dit une chanson d’enfant : « C’est pour toi, c’est pour moi, que le Christ est mort en croix. » - Après ça, on peut se laisser-vivre !

Je ne sais pas, non plus, si les juifs sont bien contents d’être sans cesse ramenés au rôle de bouc émissaire. J’ai entendu des gens dire, avec une étonnante conscience, « au fond, ils aiment ça ». Sans doute sont-ils résignés par la force même des choses, mais que de raisons ils auraient de nous mépriser ! Comment ne riraient-ils pas de nous, au point d’en être consolés, s’ils songent à la destinée prodigieuse de leurs livres. Notre monde occidental est bâti sur l’Ancien et le Nouveau Testament. Alors les sages grecs ont fait une morale pour la seule élite, incapable de bienfaits étendus, le judaïsme et le christianisme ont introduit un esprit vraiment démocratique en ce sens que leurs chefs spirituels ne sont jamais séparés de la masse et ont pris son éducation pour but essentiel.
Rien de plus intéressant que de comparer la Bible aux autres livres sacrés de ce monde. Il n'y en pas pas tellement :
Le Livre des Morts des anciens Egyptiens, les Vedas, le Zend Avesta. Il y a aussi un plan moral, mais qui a reçu une extension religieuse : les enseignements du Boudha, de Confucius et de Lao-Tseu. Nous ne compterons pas l'Evengile et le Coran qui sont des suites de la Bible.
Examinons, par exemple, les deux livres aryens par excellence : les Vedas et le Zend Avesta.
Les premiers hympnes du Rig-Veda ne célèbrent le sacrifice qu'en vue de l'obtension de biens matériels. Voici, par exemple, comment débute l'hymne 1, qui s'adresse à Agni :
"je chante Agni, le dieu prêtre et pontifie, le magnifique Agni, hérault du sacrifice. Qu'Agni, digne d'être chanté par les Richis anciens et nouveaux, rassemble ici les dieux.  Que par Agni, l'homme obtienne une fortune sans cesse
croissante, une fortune glorieuse, et soutenue par une nombreuse lignée".
Voici les trois premiers versets de l'hymne VIII adressé à Indra :
"Ô Indra, viens à notre secours, donne-nous de l'or : l'or procure l'opulence, la victoire, la force constante et durable. Avec l'or, et protégés par toi, nous pouvons repousser nos ennemis et à pieds et à cheval. Protégés par toi, Ô Indra, nous prenons nos armes auxquelles tu donnes la force de ta foudre, et nos ennemis sont vaincus dans le combat."
Je relève encore dans l'hymne IX :
"Ô Indra, toi qui es la vie de tous, accorde-nous une fortune large, grande et solide, fondée sur l'abondance de nos récoltes et le nombre de nos vaches.  Oui, donne-nous une grande fortune, des richesses, des biens innombrables, et des chariots chargés d'abondantes provisions."
Voilà qui se passe de commentaires. Imaginez un peu l'interprétation qui serait donnée à de telles phrases si elles étaient placées au début de la  Bible.
Si nous regardons maintenant le Zend Avesta, le livre des anciens Perses qu'aimaient tant Gobineau, peuple éminemment pastoral, nous voyons qu'il s'ouvre par une création du monde où l'esprit du mal entre aussitôt en lutte avec l'esprit du bien. Le Perse est tout de suite obsédé par l'idée de l'hiver, des insectes nuisibles, des bêtes fauves ; il a la terreur des ténèbres; il redoute excessivement le contact des cadavres dont il doit se purifier par des ablutions d'urine de vache. Le chien qui l'accompagne et le défend par son aboiement contre ses ennemis nocturnes lui parait l'égal de l'homme :
"Si un homme tue un chien, il tue son âme pour neuf générations et le pont divin lui sera interdit, à moins qu'il n'est expié de son vivant. Si un homme donne de mauvaise nourriture à un chien de berger, il se rend coupable du même péché que s'il donnait de mauvaise nourriture à un homme de haut rang".
Evidemment, c'est beau et touchant, mais trouverons-nous là une grande élévation morale ? C'est sans discrimination. L'homme s'y montre fort primitif, noble peut-être, mais prisonnier de la superstition.
Si la dualité du bien et du mal formait, comme pour le Zend Avesta, l'idée fondamentale de la Bible, ne dirions-nous pas que voilà bien l'esprit juif, toujours divisé, incapable d'harmonie et de synthèse ?

Dès ses premiers versets, la Bible se hausse vers l'Eternel, synthèse essentielle, vers l'ëtre suprème dont elle fait découler tous les êtres avec un fécond esprit de suite.
Ce qui distingue, à mon sens, la Bible des autres livres, c'est le sens du temps. son premier soin est d'établir un calendrier. Puis elle tarce une généalogie. Elle rythme, elle ordonne, elle agit, elle ne quitte pas la terre où doit s'accomplir le destin. Son histoire sera celle des hommes et non des dieux oisifs. Il faut que l'esprit tout entier s'incarne et explore le possible. Les livres de l'Inde, la Bhagavad-Gîta mise à part, sont à peu près sans histoire, ils abondent en répétitions, leurs variations sont monotones ; ils proposent, c'est vrai, le plus haut sommet, mais pour qui ne peut l'atteindre, il n'y a qu'à tourner en rond ou à rester sur place.
La Bible est le contraire de cette immobilité. Elle montre les cheminements le splus divers et les plus libres, les figures les plus poignantes, les expériences les plus nécessaires. Quand on y pense un peu, les mythes de la Génèse confondent par leur beauté et par leur intelligence ; il y a en eux une vérité psychologique qui semble ne pouvoir être dépassée. La destination de l'hommey est pressentie et figurée comme cela ne fut en aucne partie du monde. Les grands traits de notre vie occidentale sont là : le besoin de science qui passe avant le bonheur animal, la loi de travail qui en découle. Adam et Eve sont devenus nos père-et-mère à jamais. Oui, en fixant notre histoire, Israël a marqué les premières étapes de la nôtre.
C'est ce petit peuple, né sur un des coins les plus arides et les plus inhabitables de la terre, qui en cherchant mieux, en remontant vers le nord, a ouvert notre marche en avant.
Mais me direz-vous, cela c'est Israël, ce n'est pas le juif moderne. Vous ne nierez pas ses défauts ? Certes non, je ne les nierai pas, mais je ne vois que trop bien leurs causes et notre part de responsabilités, à nous soi-disant aryens.
Je ne veux point ici entrer dans les détails de questions qui ont été déjà fort bien traitées. Je renvoie mes lecteurs à deux livres excellents : Israël parmi les nations d'Anatole  Leroy-Beaulieu et l'Antisémitisme de Bernard Lazare. Ce dernier ouvrage a l'inconvénient, pour un lecteur simpliste, d'être empreint de trop de scrupules. Bernard Lazare
est comme certains Juifs de mes amis, le groupe Ordo par exemple, qui pensent, les naïfs, que les Juifs ont des torts nombreux et qu'ils doivent prendre la plus grande part des responsabilités dans les maux qui les accablent. Ils ont raison, aux yeux d'une morale héroïque, mais ce n'est pas leur perfectionnement, à mon sens, qui arrangera les choses. C'est le perfectionnnement des autres. Comment ne serons-nous pas touchés par ceci que je relève dans l'ouvrage de Leroy-Beaulieu :
"La science est, durant deux mille ans, la seule distinction admise en Israël. Au savant reviennent tous les honneurs : "Le savant, dit le Talmud, passez avant le roi ; le bâtard savant, avant le grand-prêtre ignorant.""-Quel contraste avec nos barbares d'Occident, Francs, Goths ou Lombards. Cette maxime, Israël lui a été fidèle, à travers tous ses abaissements. Quand en pays chrétien , ou musulman, une main ennemie fermait ses écoles, les rabbins traversaient les mers pour aller, au loin, rouvrir ses académies. Comme le Juif arrant de la légende a ainsi passé
d'Orient en Occident et du Sud au Nord, émigrant, tous les deux ou trois siècles, d'une contrée dans l'autre. Lorsqu'un édit royal lui donnait trois mois pour abandonner le pays où étaient enterrés ses pères, où étaient nés ses fils, le trésor que le juif mettait le plus de soin à emporter, c'était ses livres. (...)
"Représentons-nous ce qu'étaient ces savants de Juda, et ce qu'était leur science. Le rabbi et le hakkam n'étaient pas des savants de cabinet, enfermés dans leur académie ou dans leur école, isolés de la masse de leur coreligionnaires, et d'autant plus honorés de leur peuple qu'ils en étaient moins compris. Nullement, à toute époque, ils ont été en relation étroite et intime avec le gros d'Israël ; ils ont bien réellement formé son âme et pétri son intelligence. Ils étaient bien ses guides, ses conseillers, ses maîtres, ses chefs. Israël tout entier s'imprégnait de leurs doctrines, se passionnant pour le diverses écoles rivales. On pourrait dire que tous les Juifs étaient plus ou moins docteurs, plus ou moins lettrés. Le juif absolument illettré, l'inalfabeto, comme s'expriment les Italiens, a toujours été rare. L'instruction en Israël a de tout temps été  obligatoire."
Et comment ne serons-nous pas honteux en pensant aux tortures que nous avons fait subir aux Juifs, aux constantes
dégradations que nous leur avons imposés, par fanatisme religieux, par stupide et stérile orgueil national, par vulgaire envie.
Vous savez sans doute que, vers 1880, en Allemagne, un vaste mouvement d'antisémitisme se déclancha sous l'impulsion de l'histoirien H. de Treitscheke et du prédicateur Stöcker. Le grand naturalisme allemand Carl Vogt, professeur à l'Université de Genève, prit courageusement l'initiative d'un contre-mouvement. Voci ce qu'il disait alors à ses compatriotes :
"Au fond de presque tous les reproches adressés aux Juifs, je n'aperçois pas autre chose que la rage concentrée de l'intelligence arriérée contre une intelligence plus haute, contre une civilisation plus ancienne et dont la force de pénétration a été plus grande. "Le Juif use de fourberie" disait un vers inscrit au pignon d'une vieille maison, à Klein-Linden, près de Giessen. Possible, mais pourquoi êtes-vous assez bêtes pour vous laisser duper ?-Les Juifs se sont rendus maîtres de la presse tout entière- possible enore, mais pourquoi fûtes-vous assez niais pour vous la laisser enlever ?- Les Juifs gouvernent le marché financier et, avec lui, la Bourse, tout le commerce et le crédit.- Très possible, mais comment une petite minorité eût-elle pu en arriver là si elle n'avait pas été douée d'une force intelectuelle supérieure, et si elle n'eût pas apporté au travail une ténacité, une énergie plus grandes ?-Les Juifs
occupent plus d'emplois, ils comptent plus d'avocats, de médecins, qu'ils n'en devraient avoir proportionnellement
à leur nombre.- D'accord ; mais n'est-ce pas en même temps la preuve frappante, si l'on tient compte de l'aversion prononcée de maints gouvernements à leur égard, qu'ils sont les plus capables, ou du moins qu'ils savent concentrer leurs capacités sur le point qu'il faut ? - Toute la richesse du peuple passe peu à peu dans leurs mains.- Assurément ; car ils ne boivent pas comme vous, ne dépensent pas plus d'argent qu'ils n'en possèdent, épargnent, sont économes, mènent pour la plupart une vie de famille irréprochable, travaillent matin et soir, sans se lasser, avec intelligence : comment ne réussiraient-ils pas ? Faites comme eux, et comme eux vous deviendrez riches. Mais non !
de Candolle a tout à fait raison : en vous s'agite encore le sombre esprit de vos barbares ancêtres, qui attaquaient et détrousaient, sur le grand chemin, le paisible marchand.
Ils disait encore :
"Si un ennemi de l'Allemagne avais mis au concours la question suivante : Comment s'y prendre pour faire au nom allemand le plus grand tort possible à l'étranger, sans qu'il en résulte aucun avantage à l'intérieur ? MM. Treischke, Stöker et consorts eussent infailliblement remporté le prix".
L'autre jour, causant avec des Beaucerons, ils me contaient que ces derniers temps, beaucoup de terres avaient été achetées par des Juifs, et pas pour les cultiver, faisaient-ils remarquer avec indignation, mais pour les revendre. Je leur répondis, comme Carl Vogt : Mais pourquoi les leur vendez-vous ? Et, en un sens, est-ce que cela ne donne pas plus de valeur à vos propres terres? Je leur racontai également ceci :
La mère de ma grand-mère, pauvre paysanne d'un village de montagne, était restée veuve avec six petits enfants. Ses beaux-frères, vien pauvres eux-mêmes se détournaient d'elle, de peur d'avoir à lui prêter aide. Plusieurs fois, elle n'eut à donner à manger à ses enfants qu'un peu de farine cuite dans de l'eau. Un jour, n'ayant plus rien pour les nourrir, elle alla trouver un voisin aisé, qui était d'ailleurs son cousin, pour lui proposer la lvente d'un de ses champs ; la sachant complêtement dénuée, il lui demanda son meilleur champ : le pré Seigneur ( tel était son nom )
en échange d'une seule miche de pain. Et Elle fut obliger d'accepter.
Un Juif eût-il fait cela ?
Actuellement,  en ce même village où se dessine la vogue touristique, et où les Juifs n'ont pas encore pénétré, toutes les terres sont achetées par des messierus bien-pensants qui se font indiquer les demeures de femmes restées veuves et dans l'incapacité de cultiver leurs biens ; ils se rendent chez elles, accomapgnés du curé, pour impressionner la femme et obtenir des conditions plus avantageuses.
Les Juifs feraient-ils mieux ?
Nous pouvons je crois, conclure.
Le Juif n'est pas un élément étranger en Europe ; il y est au contraire, à bien des égards, un élément de base.
Comme dit Leroy-Beaulieu, sa race est "la plus anciennement cultivée de notre monde méditerranéen". (Il ne fait pas corps étranger que lorsqu'il est chassé brusquement de son pays natal.)
Il n'y a, comme on sait, pas de race européenne, cette race ayant été recouverte par les immigrations aryennes et les seuls Ibères pouvant prétendre à l'indigénat. Les berceaux aryens ne sont-ils pas, en fait, plus éloignés du continent européen que les berceaux sémitiques. Et cela est encore plus vrai au point de vue moral, comme nous avons essayé de le prouver en comparant la Bible aux livres aryens.
Ce qui a retardé l'assimilation, c'est le séparatisme dont les juifs ont fait preuve aux débuts de l'histoire d'Europe et leur refus d'adhérer au christianisme triomphant. A l'origine, la nature du grief qu'on avait contre eux était d'ordre religieux et non raciste. Encore faut-il observer que même quand ils renaient étroitement à leur foi, ils n'ont jamais essayé de l'imposer aux autres par la violence. Et peut-on leur reprocher d'avoir tenu à leur foi ?
Mais tout cela n'est-il pas de l'histoire bien ancienne ?
Du jour où l'on a émancipé les Juifs ( c'est, on le sait, une des gloires de la Révolution française), ils ont prouvé qu'ils pouvaient être des éléments nationaux de premier ordre.
Comme dit le proverbe anglais :"Chaque pays a les Juifs qu'il mérite".
Sans doute avons-nous absorbé en France, ces dernières années, lors des premières vagues d'émigration , un trop
grand nombre d'étrangers juifs, et cela sans méthode et avec peu de discernement. Mais il n'y avait qu'à faire preuve de méthode et de discernement. La chose en valait la peine. Et pour tous les éléments de valeur encore peu sûre, ne pouvait-on créer des camps de travail où notre armée même eût pu toruver des recrues ?
Notre "Empire" est assez grand que diable !
Comme l'a dit Jean Prévost dans son livre La Terre est aux hommes, un jeune émigrant constitue un excellent capital humain et l'émigration accroît encore sa valeur.
J'ai toujurs pensé que Zola et France avaient eut le meilleur sens de l'intérêt français en se montrant favorables aux Juifs. Le mélange qu'ils forment avec nous est généralement bon. Pensons un  peu à Montaigne, dont la mère était juive ( Gide me le rappelait l'autre jour), Montaigne que nous considérons, à juste titre, comme un des prototypes du génie français.
Le Juif ne pourrait nous porter ombrage que si nous nous sentions en état d'infériorité intellectuelle vis-à-vis de lui. Ce n'est pas le cas. Nous sommes à la hauteur. Nous avons même sur lui l'avantage d'un équilibre que souvent ses tribulations lui ont fait perdre. Mais nous avons besoin qu'il nous secoue, qu'il nous entraîne à le surpasser, car, livrés à nous mêmes, il faut bien le dire,nous sommes vite pantouflards. Nous chantons volonteirs :" Dans la vie faut pas s'en faire..."
Hors, ce n'est pas un moment de notre histoire où il faille ne pas s'en faire. Nousa vons tâché, au prix d'un grand sacrifice, déviter le guerre ; nous devons maintenant asurer le triomphe du bon sens et de l'équité.
En prenant la tête d'une action mondiale, en menant cette action aec vigueur et cohérence, nous retrouverons l'honneur.
Et le peuple allemand ne nous en estimera que plus.
 

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