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Publié par Moicani

La cité de la musique de la Vilette va accueillir à compter du 21 octobre 2008 et jusqu'au 1er mars 2009 une exposition entièrement dédiée à Serge Gainsbourg. Elle mettra en valeur ses talents littéraires et musicaux.


























Portrait de Madame Franckhauser peint par Serge Gainsbourg


Exposition consacrée à Serge Gainsbourg du 21 octobre 2008 au 1er mars 2009
   
Le Musée de la musique de Paris consacre une exposition à Serge Gainsbourg à l’heure où sa popularité prend une envergure internationale.
A mi-chemin entre une exposition et une installation, le projet est l’hommage d’un artiste d’aujourd’hui à l'une des grandes personnalités musicales françaises du XXe siècle.

Tour à tour peintre, écrivain, poète, auteur, interprète, compositeur, acteur, réalisateur, Serge Gainsbourg (1928-1991) fut un artiste qui, sa vie durant, a utilisé l’image,et la sienne en particulier, sous toutes ses formes, donnant à voir un univers esthétique qui abolit les frontières « arts majeurs » et des « arts mineurs ».

L’exposition met en valeur les différents aspects de cette œuvre protéiforme, dont la particularité fut d’avoir été pendant quarante ans, à l’instar de celle de David Bowie en Angleterre ou de Bob Dylan aux États-Unis, un catalyseur des époques qu’il a traversées.

Gainsbourg fut toujours en avance sur son temps : son écriture, ses compositions, ses collaborations, ses orientations esthétiques et même la conduite de sa vie privée ont bien souvent précédé et influencé l’évolution des mœurs et celle des mouvements artistiques et culturels.
Il jouait avec les mots et les références, empruntait tant à la culture classique que populaire, décalait, transformait, arrangeait, inventant ainsi une nouvelle forme de composition faite de montages et de collages.

L’exposition présente une centaine d’images animées, extraites de films et de documents audiovisuels, des photos…
Le public y découvre également des objets ou oeuvres d’art ayant appartenu à l’artiste, comme la statue de L’Homme à tête de chou de Claude Lalanne, qui lui a inspiré l’album du même nom, ou le tableau de Paul Klee, Mauvaises Nouvelles des étoiles (1913), qui a donné le titre de l’album de 1981.
Le fameux Autoportrait peint en 1957, parfois reproduit, sera présenté pour la première fois au public ainsi qu’un grand nombre de manuscrits originaux, d’objets et d’écrits évoquant le travail d’écriture de Serge Gainsbourg.
Vanessa Paradis, Bambou, Alain Chamfort, Isabelle Adjani, Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve, Jacques Dutronc, Lulu…  

L’exposition est conçue comme une véritable mise en espace de ces trois dimensions, invitant à un voyage onirique dans l’univers de l’artiste. Un voyage qui sollicite l’imaginaire comme celui d’Alice de Lewis Caroll plusieurs fois convoqué par Serge Gainsbourg.

Le parcours se présente comme une promenade sensible dans un dédale de totems thématiques de trois mètres de hauteur sur lesquels plusieurs centaines de supports lumineux présentent des documents photographiques et audiovisuels. Les images défilent et les sons se déplacent dans l’espace : écrans d’images synchronisés, composition sonore spatialisée…

L’exposition s’articule autour de quatre grandes périodes :
La « période bleue » (1958 - 1965)
Les idoles (1965 - 1969)
La décadanse (1969 - 1979)
Ecce homo (1979 - 1991)

Horaires :
Du mardi au jeudi de 12h à 18h
Vendredi et samedi de 12h à 22h
Dimanche de 10h à 18h
Ouverture exceptionnelle jusqu’à 20h les soirs de concerts des cycles Les années Gainsbourg (du 22 au 28 octobre et le 21 février)
Tarifs :
Entrée de l’exposition : 8 €
Pour les moins de 18 ans et les personnes

handicapées : 4 €


Liens pour les visites infos :
http://www.cite-musique.fr/francais/espaces_dedies/presse/images/pdf/dp-gainsbourg.pdf
Projection de films :
http://www.cite-musique.fr/francais/espaces_dedies/presse/images/pdf/dp-gainsbourg.pdf


CITE DE LA MUSIQUE
221, avenue Jean Jaurès
75019 Paris  
Tel : 01 44 84 44 84

http://www.cite-musique.fr/francais/musee/expos_temporaires/prochaines_expositions.html

Métro : station porte de Pantin (ligne 5





















Serge Gainsbourg en Dali
Ci-contre : Le Cadavre Esquis inspiré par les Suréalistes.


Lise Levitzki, le secret de Serge Gainsbourg

Nouvelle rubrique, invitation à un voyage à travers les médias.
Aujourd'hui, Lise Levitzky, la première épouse de Gainsbourg. Fille de russes blanches mais engagée à gauche, Lise Levitzki à vecu une jeunesse de bohème avec le chanteur, alors peintre talenteux mais inconnu. Si la vie les a separés, ils n'ont jamais arrêté de se voir pendant 40 ans. De sa retraite tranquille en Côtes d'Armor, à 81 ans, elle se livre pour la première fois dans les colonnes de Ouest France.

Quelques extraits de l'article de Marie-Claudine Chaupitre, paru ce matin dans Ouest France :

"C'était le 5 mars 1947, le jour de mes 21 ans. Je venais de claquer la porte de la maison. Je voulais être peintre, mes parents me l'avait interdit.

Je me suis inscrite à l'Academie Montmartre. Là, il y avait un élève qui avait l'air de diriger l'atelier, le prof le laissait faire. Cet élève c'était Lucien Ginzbourg, le futur Serge Gainsbourg. Je ne l'ai jamais appelé Serge. J'étais jeune et belle, les garçons me draguaient, lui aussi. Il était plus intelligent et plus intéressant que les autres, je suis sortie avec lui. Je ne suis pas tombée amoureuse tout de suite. Il était timide et assez laid. Ce qui l'a épaté le plus au début, c'était ma famille. Lui, le petit juif moche draguait une demoiselle de l'aristocratie russe. Moi, je n'avais qu'une idée, fuir mon sang. Parmi mes ancêtres il y eut un Levitzky peintre à la cour de la tsarine Catherine. Mon grand père administrait la province de Vladivostok. Comme tous les membres de ma famille, je suis princesse Bielski (de Biélorussie). C'est gag, non? (...)
Dans mon enfance il y a eu des moments horribles, mais j'ai quand même eu le la veine, j'ai connu des gens extraordinnaires. Très jeune, j'ai fréquenté des artistes dont George Hugnet, le peintre surréaliste. J'étais sa secretaire quand j'ai rencontré Lucien (Serge). A ce moment-là, il gagnait un peu sa vie avec sa guitare, mais c'était surtout un peintre. Il peignait depuis ses 13 ans, c'était sa vocation. On a vecu cinq ans ensemble, c'était la bohème, on s'aimait. (...) On a divorcé en 1957. Je me suis remariée et j'ai mené une petite vie tranquille...
Bien plus tard, un jour de 1968, je l'ai retrouvé par hasard sur un pont de Paris. Lui n'avait pas encore rencontré Jane Birkin et Brigitte Bardot venait de le quitter.
(...)
Il partageait les femmes en deux catègories: celles avec qui on sort, et celles avec qui on rentre. J'étais passée de l'une à l'autre (...).
Aujourd'hui encore, ce que j'aime le plusde lui, c'est sa tendresse, ses mains magnifiques, ses yeux. Quand il posait le regard sur une femme, elle était piégée.. C'est un peu encombrant d'avoir été sa première femme. Mais qu'il ait renoue avec moi après B.B., ce n'est pas désagreable non plus. (...)"

Qu'en pensez-vous? Moi ça me donne envie d'écouter "Le poinçonneur des lilas"...

Interview de Lise Levitzky
paru dans Globe Hebdo en 1992

Pour comprendre l'atmosphère de nos années de bohème, il faut se rappeler la voix de Brigitte Bardot dans la chanson de Lulu, "BONNIE AND CLYDE", lorsqu'elle articule d'une voix trainante la phrase "s'ins/taller tran/quille dans un meu/blé..." Cette expression typiquement parigote est comique dans la chanson d'une aventurière américaine chic.
Ce qu'on appellait un "meublé" ou un "garn", c'étaient ces hôtels ou les chmabres étaient vaguement aménagées pour permettre des séjours de plus ou moins longue durée. Un jour , dans une de ces piaules-là, Lulu a sursauté devant un passage d'un de ses livres fétiches, le Bel-Ami de Guy de Maupassant, et il a commenté tout de suite très excité, avec des gestes, en parcourant la pièce : "Tu vois ! Voila ! C'est nous ! c'est moi ! Il faut que j'en sorte ! Regarde : "Cela sentait la misère honteuse, la misère en garni de Paris..." Plutot être gigolo comme Bel-Ami !"
Ca le choquait, le coup de la "misère honteuse", mais en même temps je savais bien qu'il était plus flatté encore de se retrouver dans un bouquin de Maupassant. C'était tout lui, ça.
Comme il considérait de toute façon que la "vie de bohème" faisait partie du passage obligé pour un artiste pour un "jeune futur grand, le coup de la honte et de la misère honteuse était quand même sacrément compensé par sa grivoiserie de vivre comme dans ses romans favoris et d'écrire par avance sa biographiedans les mêmes thèmes que les vies de ces hommes illustres.

Sans oublier que quand même "la vie de bohème" au jour le jour, c'était surtout moi qui me la coltinait : lui, il avait toujours la ressource de retourner faire des séjours chez ses parents.
Pour écrire ou pour composer, il se comportait exactement de la même manière que pour faire l'amour. Ne jamais écraser, ne jamais alourdir, mais déclencher "un max".
C'est à dire, pour parler comme lui, "un climax" ! Lancer les sens dans tous les sens. Toutes ses chansonssont des sortes d'explosions, sont calculées comme ces orgasmes. Des grenades miniatures bien efficaces, bourrées ce grenaille de mots et de musique. C'est pour cela que le public n'a pas besoin de venir demander à ses ex-femmes comment il se comportait au lit précisément et s'il faisait ceci, cela comment, tout ca : le public le sait déjà depuis longtemps.
Parceque Lulu sut "servir" chacun, chacune, dans son public, quel que soit le sexe et l'âge, les goûts, la condition sociale, comme il savait séduire et plaire dans le cours de sa vie privée. Il "explose" le public de ses séductions avec les mêmes méthodes, mais transposées, que celles qu'il employait avec ses femmes (pour ne parler que des femmes).
Dans nos premières années ensemble, il était souvent contraint par des sortes de terreurs nocturnes à me parler pendant des heures, dans le noir, au lit, de son obsession d'être dominé de l'intérieur par le Démon. Je pense qu'il s'est progressivement guéri de cela en découvrant le "diabolisme" littéraire, une certaine apologie de la méchanceté dandy chez Beaudelaire ou Lautréamont, ou avec sa passion pour le personnage de Gilles de Rais. Il était faciné que ce grand criminel ait fréquenté à la fois le Diable et Jeanne d'Arc. Ce rapprochement plein de blasphème et de pureté, d'impureté sainte faisait "bicher" Lulu à mort.
Ce qu'il voulait c'était devenir aristrocrate. Et réussir tellement dans ce projet, qu'au bout du compte il le serait plus que les aristos de naissance.
Et qu'on puisse dire après lui "on ne nait pas aristocrate, on le devient". Je sais de quoi je parle : moi j'étais le contraire. Je suis née princesse, j'étais la mieux placée pour le juger dans ce chamboulement de la notion d'aristocratie. Cette heureuse inversion qu'il a réussie. Et c'est parce que j'étais la mieux placée, et disposée à l'aider dans ce dynamitage qu'il m'a chosie. Grâce à des gens comme lui on peut réemployer des mots comme aristrocratique, racé, élégant, alluré, stylé, etc. Les gens comme lui ce sont les vrais artistes : qui sont art-istocrates.
J'étais noble par le sang, et il l'est par le rang : un rang qu'il s'est créé tout seul. Je sais maintenant que j'ai désiré passionnément ne plus être noble, que j'ai passé ma vie à fuir mon sang. Le sang bleu me donnait des hématomes. Des bleus à l'âme. Les liens de ce sang me ligotaient. La noblesse était ma prison. J'ai voulu me libérer. J'ai réussi grâce à Lulu en grande partie. Merci à lui. J''étais "noble" et j'ai travaillé à être "ignoble". A conquérir la vraie noblesse : celle du coeur, celle du travail, celle de l'oeuvre d'art, celle des gens simples et des mouvements sociaux. J'en suis profondemment satisfaite quand j'y repense. J'ai réussi à être ignoble et lui à être noble : on s'est croisés !

Nous nous sommes surtout rencontrés. Et nous l'avons fait exprès. Nous nous sommes repérés chacun des deux a eu le coup de foudre de son besoin de l'autre dans son problème particulier, question noblesse et aristocratie. Pour moi, un juif doué, intelligent, artiste, c'était exactement ce que ma famille et mon milieu, ma "race", ma race raciste détestait le plus. C'était donc ce qui allait le mieux et le plus vite m'en libérer. Et lui, il lui fallait une princesse russe, il l'avait décidé. Il était déjà sur un coup la petite comtesse Olstoï , mais ca bloquait alors il a sauté sur moi. Les sentiments sont venus après.
Les grands sentiments... Quel sentimental ! Un champion de l'âme russe. L'âme russe multipliée par la nostalgie juive.
Gainsbourg c'est le racé contre le racisme. La noblesse n'est pas un paresseux héritage, elle est créée. C'est le dandysme : Lulu me faisait lire et relire Baudelaire. Une morale de la qualité par l'exigence, l'étude, l'effort. Lulu avait déjà "la" classe bien avant de lancer le mot qui résume tout son message : "classieux".

Le Fantasme de la Mahousse ...

Tous les artistes de variétés établissent plus ou moins une bizarre relation "directe" avec chacun dans la foule. Mais peu on atteint la dose d'intensité affective que Lulu obtenait. Parce qu'il jouait sur les fantasmes et sur l'intimité sexuelle.
Mais il serait devenu dingue s'il avait vraient tout livré. S'il n'était pas resté un tant soit peu opaque. La transparence, ça tue. Toute une intimité en pleine lumière, sous les sunligts ? Gainsbourg s'équilibrait par un mensonge qui n'en était pas un : ne pas tout dire en disant "tout". Pour mieux jouir eux-mêmes, ses fans avaient besoin de croire tout savoir de ses jouissances à lui : pour se sentir dans leurs corps, ils avaient besoin de se dire qu'ils savaient tout du sien. S'ils avaient connu mon existence ! Cela l'excitait de me cacher à eux et en même temps il était "terrorisé" à l'idée qu'on pouvait me découvrir. Le plus énorme scandale de Gainsbourg, c'est celui qui n'a pas éclaté : c'est moi.
Un cas particulier de cette "terreur" que je lui inspirais, c'était Charlotte : quand il me faisait venir rue de Verneuil, où il habitait avec Jane Birkin et les enfants, il fantasmait que Charlotte reviendrait plus tôt de l'école parce qu'un prof serait tombé malade et qu'elle tomberait sur moi toute nue.
Ca le travaillait tellement qu'il a mis cela en images dans son film "Charlotte for ever", où mon rôle est interprété par une fille plantureuse découverte à cette occasion par Lulu. Il a indiqué, dans plusieurs chansons, son goût pour les grosses. Il est vrai que je ne l'ai pas toujours été, "mahousse". Ce que je dois dire, c'est qu'il ne me l'a jamais fait sentir. Il est le seul homme dans le regard duquel je ne me sois jamais sentie obèse.

J'avais l'impression que ça lui était égal. Qu'il me voyait toujours comme la première fois. Dans la continuité. De son oeil de dessinateur aigu. Il n'y a pas de secret au fond : ce qu'il aimait, Lulu, c'est que le corps "ait du corps".
Des jeux du corps qui "tiennent au corps". C'était pas le genre à se contenter de promesses !

J'ai totalement participé à ma mise à l'écart, au mensonge au public. Il aurait suffi que je parle, que je me manifeste. Je n'en ai rien fait. Je n'ai cessé d'encourager Lulu par mon silence. De relancer nos accords. De me réaccorder à son système de vie secrète. Et cela s'accompagnait de l'accord physique, bien sût. C'était un bon tour que nous jouions ensemble au monde du show-business.
Il savait que ça flattait mes vieux instincts anarchistes. Je peux lancer notre "bombe" maintenant qu'il n'est plus là pour qu'elle lui nuuise maintenant qu'au contraire elle le remet un peu en vie et d'une façon qu'il aimait tant : inattendue et sulfureuse, en coup d'éclat.
Finalement il s'agit d'un canular à toute la société : la star du sexe chic et branchée, l'idole des jeunes de la minceur et de la mineure, a eu sa liaison la plus longue avec un corps vieillissant comme n'importe quel autre, avec une femme devenue mahousse. Et le plus riogolo, c'est qu'il ait même réussi à me glisser dans le monde publicitaire, indirectement, avec cette énorme fille qu'il avait choisie pour tenir mon "rôle" dans Charlotte for ever, et qui est devenue depuis mannequin vedette pour la firme Virgin.

Une soupape de sécurité ...

Il n'est jamais venu ivre chez moi au point de me manquer de respect. Jamais au point de m'injurier ou de me donner des coups. De toute façon je ne l'aurais pas permis, et il le savait bien. Sur ces quarante-quatre ans de relation, pas une menace. Je n'ai pas eu à subir le genre de choses infernales que Jane a dû supporter et qui l'ont obligée à le quitter.
Quand les choses ont dégénérées avec elle, il venait s'accuser chez moi d'être un salaud de la traiter de cette manière. Je retrouvais ses affres de notre première époque, quand il me racontait ses culpabilités, ses méchancetés imaginaires ou désirées, son diabolisme très littéraire. Mais là c'était beaucoup plus triste : parce que ce n'était que trop réaliste.
Qu'esf ce que je pouvais faire ? Je ne pouvais pas intervenir. Il ne l'aurait pas toléré. Je ne pouvais que rester là, à l'écouter, à le supporter. Et il criait, il pleurait, il s'insultait lui-même. Il se roulait par terre sur la moquette en hurlant. Comme s'il voulait se sortir les tripes. Ca lui faisait très mal , ce problème là. Il a été très malheureux. Il ne pouvait pas se contenir, se retenir de frapper. Et mon appartementétait le seul endroit où il pouvait se permettre de se défouler. Je ne sais pas ce qui se serait passé s'il n'avait pas eu cette soupape.

Chez moi il pouvait perdre la face. Et ôter tous ces masques qui lui collaient jusqu'à le brûler, à l'étouffer : Gainsbourg, Gainsbarre, tous ses bouts de mythe, ses mises en scène. Son boulot écrasant, vingt quatre heures sur vingt quatre, de mytheur en scène de lui-même. Ca le bouffait, ca le minait, mais il ne pouvait pas se passer de jeter son corps, son âme, sa sexualité, ses affections, tout et n'importe quoi, comme combustibles dans la chaudière de la nototriété, de la gloire, de la reconnaissance sociale. Tout en trichant, en biaisant, en calculant au millimètre près.
Moi je savais, chaque fois ce que ça représentait. Par moments je me disais que j'étais finalement sa seule spectatrice, puisque personne d'autre que moi ne possédait tous les éléments de comparaison, toutes les raisons cachées des allusions. Il avait besoin de moi comme d'une référence, même si mes engagements l'énervaient. Mai 68, le féminisme, les syndicats, les dissidents soviétiques, l'écologie : j'ai vraiment fait la totale. Il s'en sentait exclu, mais il le voulait bien.

Période "Fleur bleue" période "Roses rouges


Il savait que ce qu'il pourrait me confier ne se retournerait me confier ne se retournerait pas contre lui.
Que je ne lui nuirais jamais.
Finalement ce qu'on pourrait dire de nous deux, s'il fallait résumer d'un mot, c'est que nous nous sommes beaucoup respectés. C'est par respect que je m'étais fixé un délai de deux ans après sa mort pour parler de nous deux comme aujourd'hui : sur le fond.
Mais c'est par respect aussi que je pense devoir cesser de me taire, comme j'avais marqué le coup par quelques indications en 1991 dans un journal féminin.
Ces lettres et ces dessins qu'il a accepté que je garde pour les publier un jour, ce n'est pas pour le dénigrer que j'en prête quelques-uns à Globe-Hebdo. Bien au contraire, c'est our ajouter une dimension à celles qu'il a déjà. On va le découvrir plus "fragile" qu'il ne s'est jamais montré par la suite, mais je ne crois pas que cela doive fragiliser sa mémoire.
On pourra dire que Gainsbarre a eu sa période "fleur bleue", ou plutôt "roses rouges" : et alors ? Tant mieux. Et on a le droit de le savoir. Je compte bien que tous ceux qui l'ont aimé l'aimeront encore plus.
Et je vois bien qu'aujourd'hui les jeunes sont à nouveau attirés par ce genre de passions qui ont peut être l'air "naïves", pas très "Gainsbarre", mais où on ne sépare pas, disons, les sentiments de la sexualité... Je dirai plutôt, c'est plus joli et plus complet : l'érotisme de l'amour.


©Propos Lise Lévitzky

 

 

Serge Gainsbourg, juif «et cætera»

Il évoquait son ultime voyage dans l’une de ses chansons. Serge Gainsbourg a été « rappelé dans les étoiles »* le 2 mars 1991.
Portrait d’un artiste dont la judéité a traversé l’œuvre en filigrane.


  « Juif : ce n’est pas une religion. Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça ! » disait Serge Gainsbourg, avec une ironie douce-amère. Ses parents, Joseph et Olia Ginsburg, Juifs de Russie, athées, quittent le pays en 1919 pour fuir le régime bolchevique. Le couple s’installe alors à Paris. Lucien Ginsburg naît le 2 avril 1928, précédé d’une sœur jumelle. En France, la famille Ginsburg doit affronter une nouvelle épreuve : les rafles des Juifs sous l’Occupation. Mais elle échappe aux arrestations, grâce au père qui fait venir les siens en zone libre, à Limoges. Après la guerre, Serge Gainsbourg, jeune peintre amateur, a besoin de gagner sa vie. Le sculpteur Jacob Pakciarz, son ami, lui propose d’intégrer la maison d’enfants juifs gérée par le Bund, à Champsfleur à Mesnille- Roi, dirigée par Serge Pludermacher, père du célèbre pianiste (voir p. 67). Serge Gainsbourg accepte ce travail, qui n’a rien d’un engagement lié à son judaïsme. Il initie les enfants de déportés à la musique et au dessin. C’est là qu’il compose ses premières chansons.

«Yellow Star »
De l’époque de la guerre, Serge Gainsbourg garde un traumatisme silencieux. En 1975 il l’exorcise dans l’album controversé Rock around The Bunker. De Nazi Rock à SS in Uruguay, en passant par Yellow Star, celui qui a porté l’étoile jaune aborde avec une ironie exacerbée son passé d’enfant juif : « J’ai gagné la Yellow Star / Je porte la Yellow Star / Difficile pour un Juif / La loi du Struggle for Life. » Ce disque reflète également la manière dont il a pu vivre son identité à travers son œuvre. En 1981, sa chanson Juif et Dieu énumère avec une certaine délectation les grandes figures révolutionnaires russes juives et rappelle que Jésus lui-même « n’avait rien d’un Aryen » !

Mais Serge Gainsbourg est aussi un homme de paradoxes. Dans les années 1970, il arbore une étoile de David. Gainsbourg, la biographie de référence (Albin Michel), commente : « Revendication de son identité ou dandysme ? C’était en tout cas une manière de dire : vous m’avez fait porter l’étoile jaune, maintenant, je vais porter l’étoile de David, mais en platine de chez Cartier ! » L’antisémitisme, Serge Gainsbourg en a souffert dès son plus jeune âge. Lorsque Michel Droit publie, le 1er juin 1979 dans le Figaro-Magazine, une diatribe nauséabonde, l’artiste est confronté aux images de son enfance. Michel Droit l’accuse d’alimenter l’antisémitisme en France avec son adaptation reggae de la Marseillaise ! L’affaire prend une telle ampleur que Gainsbourg réplique dans la presse. Il déclare alors à Tribune Juive (no 572, 15 au 21 juin 1979) : « Lorsque Droit a écrit pour dire que je faisais du mal à mes coreligionnaires, je me suis précipité sur mon dictionnaire. Sous “coreligionnaire”, j’ai trouvé cet exemple : ”Ce riche banquier juif passait pour aider ses coreligionnaires”. Intéressant, non ? Le racisme est latent partout. » À la fin de sa vie, Gainsbourg reste fidèle à ses convictions. Gilles Verlant confie : « Comme tout homme qui voit approcher la fin, il a peut-être eu une démarche spirituelle, mais il restait profondément athée. » Serge Gainsbourg repose au cimetière de Montparnasse. Un de ses aphorismes résonne encore :

« Rendre l’âme, d’accord, mais à qui ? »
Paula Haddad

* Shush Shush Charlotte in Mauvaises Nouvelles des étoiles.

« Le Sable et le Soldat »
«Oui je défendrai le sable d’Israël, la terre d’Israël, le pays d’Israël. / Je défendrai contre tout ennemi le sable et la terre qui m’étaient promis. » Depuis trois ans Le Sable et le Soldat, cette chanson militante écrite par Serge Gainsbourg, circule sur Internet, entre forums, chats et autres échanges de MP3. Et sur les seules radios juives... Ailleurs, c’est le silence. Aucune maison de disques ne l’a éditée. Il semblerait même que la découverte en 2002 de cet inédit par Jean-Gabriel Le Nouvel, un fan du chanteur, ait mis dans l’embarras les sœurs de l’auteur. Et pour cause. On croyait Gainsbourg désintéressé par toute cause nationale ou identitaire, allant même jusqu’à convertir la Marseillaise en reggae (le délicieux Aux armes et cætera). Le voilà prêt « à mourir pour le sable d’Israël ».
Alors pourquoi Le Sable et le Soldat ? Nous sommes en 1967, la guerre des Six Jours est imminente. L’attaché culturel de l’ambassade d’Israël à Paris contacte Gainsbourg pour lui commander une marche militaire.
Le texte devra être traduit en hébreu. L’artiste enregistre moins de deux minutes de musique, accompagné à l’orgue électrique par Michel Colombier. La bande magnétique du précieux morceau part en avion pour Tel-Aviv. Mais la guerre éclate, les autorités israéliennes ont mieux à faire, et la bobine échouera pendant trente-cinq ans dans les archives de la radio Kol Israël. Jusqu’au moment où Jean-Gabriel Nouvel, qui en connaît l’existence, localise l’enregistrement après plusieurs mois de recherches.
Quel honneur et quelle fierté d’entendre aujourd’hui
ce texte, réponse à toutes les attaques des antisionistes. Le Sable et le Soldat est comme une suite au Plaidoyer pour ma terre d’Herbert Pagani. Sans doute plus intense car il ne prend aucun détour pour avouer son amour et son dévouement. Et pourtant, Gainsbourg n’était pas attaché à Israël. D’ailleurs, il n’y a jamais mis les pieds.
Et lorsqu’il parlait de ses racines, il préférait évoquer la Russie de ses parents. Peut-être avoue-t-il dans cette chanson ce qu’il n’a jamais osé dire ?
Benjamin Petrover

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