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Publié par Moicani

Suite à l'annonce de la sortie du numéro 1 de l'Odéonie sur l'excellent blog de David Genzel, Yves Simon a rendu visite à Sarah Helfer ( alias Pénelope ) et s'est procuré le magazine en question. Ne perdant pas de temps Yves Simon en parle dans les choix de sa rentrée littéraire.

"Bien que France-Info nous ait bassiné pendant trois jours sur chaque minute de messe papale, chaque discours de Sa Sainteté, chaque regard échangé entre Benoît XVI et Saint Nicolas Ier, je me permets une dernière incartade sur le sacré voyage.
Le 12 septembre dernier, j’ai vu, boulevard Saint-Germain, la Papamobile passer à vide et à toute vitesse. Je suis étonné par son exiguïté. Ça ressemble à une Sanisette, ces petites cabanes métalliques que l’on aperçoit à côté des chantiers du bâtiment et où les ouvriers vont faire leurs ablutions et besoins. Sauf que celle-ci est vitrée sur ses quatre faces. Beaucoup de gendarmes sur les trottoirs, des cars de police sur le qui-vive, un hélicoptère dans le ciel : Sarko aime les cathos. Devant le Pape, qu’il tapotait à l’épaule comme un vieux pote, il a dit et répété en l’église de Latran à Rome que les prêtres étaient aussi importants que les instituteurs. Alors qu’il est le président de tous les Français, croyants (catholiques, juifs, musulmans…) et non-croyants, et que depuis 1905 nous vivons dans une République laïque, ladite laïcité en a pris un coup !. Mais il est comme ça Sarkozy, il faut toujours qu’il en fasse plus qu’on ne le lui en demande…Tout juste s’il n’avoue pas sa récente conversion à l’Islam lorsqu’il se trouve face au président syrien Bashar al-Assad.

Mais changeons de sujet et revenons à la littérature puisque tu m’as demandé mon avis sur cette rentrée littéraire :

J’ai lu  les livres achetés à mon retour de vacances (voir un précédent blog), plus quantité d’autres reçus depuis.
Commençons par celui qui m’a le plus déçu : « Lacrimosa » de Régis Jauffret (Gallimard). C’est un auteur que j’aime beaucoup, mais je trouve ce roman désinvolte, prétentieux, comme si l’auteur en permanence nous disait « vous voyez à quel point j’écris bien, regardez mon aisance à vous faire voyager dans mon imaginaire débridé… » J’ai ressenti en le lisant un malaise ininterrompu. Bref, malgré la critique littéraire flatteuse, je recommanderais d’en éviter l’achat pavlovien.

« Des néons sous la mer » de Frédéric Ciriez (Verticales). Le style est époustouflant. Le sujet, un antique sous-marin de la marine nationale propulsé au diesel est déclaré trop vieux et, au lieu d’être mis à la casse dans un chantier naval quelconque, il termine sa vie en rade de la baie de Paimpol pour y devenir quoi ? Un bordel. C’est drôle, superbement écrit, je l’ai dit, avec beaucoup d’inventivités stylistiques.

« Le fait du Prince » d’Amélie Nothomb (Albin Michel). Très réussi, se lit comme un polar, c’est-à-dire vite. Partant de prémisses totalement irréelles, la romancière réussit le tour de force de mener sa fiction jusqu’au bout, toujours dans une irréalité échevelée, rendant haletante une histoire qui ne pourrait jamais se produire dans la vie. Je ne sais pas si je suis clair, le mieux est de vous précipiter pour prendre un pur plaisir durant deux heures de lecture.

« Appelez-moi par mon prénom » de Nina Bouraoui (Stock). Très réussi, court, un style de narration nouveau pour la belle Nina, phrases courtes, serrées, pas d’alinéa, tout est écrit à l’imparfait, une histoire d’amour entre deux êtres plutôt inédite, l’absence, l’éloignement, les corps qui rêvent, tout ce qui passe par la tête lorsque quelqu’un vient de vous alpaguer gravement dans le monde.

Un jeune prodige américain disciple du journaliste Hunter S. Thomson et de l’écrivain Tom Wolfe, c’est-à-dire de ses illustres aînés inventeurs du gonzo journalism qui est la méthode journalistique consistant à mêler fiction et réalité et à faire du reporter, celui qui écrit, le personnage principal de ses articles. « Pour moi, dit le jeune homme de 24 ans et qui se nomme Nick McDonell, le journalisme gonzo ne signifie pas être bizarre ou fou, mais plutôt être suffisamment lucide pour voir que c’est le monde qui est fou, et l’écrire ». Son court récit est titré « Guerre à Harvard » car le jeune homme à passé deux années dans la célèbre université et il raconte comment vivent ces futures élites américaines alors que chaque jour sont diffusées sur les écrans  de TV des séquences « vraies » de la guerre en Irak.

Je dois dire, et je le regrette, que je suis déçu par « Inassouvies, nos vies » de Fatou Diome (Flammarion). J’attendais beaucoup de cette jeune romancière d’origine sénégalaise et qui avait écrit, il y a deux ans, « Le ventre de l’Atlantique » racontant son expérience de « bonniche » (traduction : esclave moderne), chez des bourgeois parisiens. Rien que pour les premières pages du livre, « Inassouvies, nos vies » mérite toutefois le détour. Il faut dire aussi que j’attendais énormément d’un aussi beau titre.

J’ai gardé pour la fin un roman qui m’a hautement plu, « Paradis conjugal » d’Alice Ferney (Albin Michel). Jean-Luc Douin en a parlé formidablement dans Le Monde.
La romancière met en parallèle une soirée passée avec ses deux enfants devant le téléviseur où elle attend son mari qui lui a dit (sympa) qu’il ne rentrerait peut-être pas, et le film Chaînes conjugales, de Mankiewicz qu’elle regarde pour la trentième fois et qui la fait à chaque fois pleurer. Car là aussi il s’agit d’un mari qui ne va pas rentrer, mais comme il s’agit de trois couples, jusqu’à la fin, on ne sait pas lequel va s’enfuir avec une autre. Ferney nous décortique chaque scène, chaque plan pour nous donner une « explication d’images » en imaginant les intentions, en décryptant le jeu des acteurs pour nous faire comprendre et le film et la situation, en parallèle, dans laquelle elle se trouve. Les cahiers du cinéma (en vente actuellement) devraient l’embaucher car c’est la première fois que je lis un texte qui raconte aussi finement un film. Bien sûr, je vais aller acheter le DVD de Mankiewicz à présent qu’Alice Ferney m’en a décrit toutes les subtilités. Mais ne vous trompez pas d’ordre : d’abord le roman, ensuite le film…

Autres lectures : « L’Odéonie » (recommandée par vous mes amis dans un précédent blog), numéro 1 d’une revue que l’on achète exclusivement au 12 rue de l’Odéon (à l’endroit de l’ancienne librairie « Shakespeare and Co » tenue par Sylvia Beach). Le « Baudelaire » de Jean-Paul Sartre que je n’avais jamais lu. Le « Foucault » de Paul Veyne. « Essai sur la vie humaine » de Monique Canto-Sperber.
Pour finir, re-lecture de « La Mémoire et l’Oubli » de Milan Kundera. Il y a là tout ce que j’aime dans un roman : du romanesque bien sûr, du savoir, une architecture, un style, de l’humour et de l’Histoire… Comment se fait-il qu’il n’ait toujours pas reçu le Nobel de littérature, celui-là ?"

Yves Simon

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